> L'adolescent ne voit rien mais demande beaucoup.
Un jour, excédée de répondre dix fois par jour à des questions aux réponses tellement évidentes, j'ai craqué. Pendant le repas, à la question : "il est où le fromage râpé ?", j'ai lancé telle une boutade "dans la salle de bain !!!!!". Et que ne vois-je pas ? L'ado descendre l'escalier pour aller à la salle de bain ! Là, incrédule, j'ai capitulé, baissé les bras et décidé qu'il fallait me rendre à l'évidence : l'ado a une partie de cerveau atrophiée dès qu'il s'agit de trouver quelque chose dans n'importe quel périmètre.
> L'adolescent est ingrat.
Un soir, alors que je venais de préparer un grand plat de hachis parmentier maison (nous étions 10 à table ce soir là), avec viande maison, amoureusement cuisinée, mijotée... des pommes de terre du jardin et tout et tout. Je demande à l'un des ados de servir tout le monde (c'est l'avantage d'en avoir plein à table... on peut déléguer ce genre de tâche). Ce qu'il fait volontiers, car l'ado est serviable, les miens en tout cas... Mais quand je tends mon assiette, dernière que j'étais à être servie, celui-ci me répond "il n'y en a plus, on t'avait oubliée". Ingrat je vous le dis, mais par contre reconnaissant de mes bons petits plats...
> L'adolescent dors peu la nuit, mais beaucoup le jour.
Pas un soir en trois semaines la bande ne s'est couchée avant 4h, 5h, 6h, 8h du matin. Il faut dire, pour le coup, que je n'avais volontairement donné aucune consigne là-dessus. Estimant que l'été est aussi fait pour ça, pour faire la fête jusqu'au bout de la nuit, pour profiter. Que le lieu s'y prête, que je ne suis pas leur mère et que j'ai fait bien pire à leur âge...et puis... qu'il faut bien que je tienne ma réputation "d'adulte la plus cool qu'ils aient jamais vu" (une des phrases les plus gentilles jamais entendue depuis un paquet d'années). Ainsi, à l'heure du petit dej, l'ado commence sa nuit. L'ado croise les premiers habitants du village qui se lèvent vers 8h du matin en leur disant "bonne nuit". Cette liberté totale que je leur ai laissée était aussi là pour me réserver une demi journée seule, pour prendre mon ptit dej au soleil sans bruit, pour bricoler, pour voir les copines, pour glandouiller, pour faire à manger, étendre une machine, en lancer une deuxième, en plier une troisième, débarrasser le lave vaisselle, faire les courses...
> L'adolescent est serviable mais quand ça lui chante.
Un jour de grosse chaleur... obligation de ravitaillement puisque
l'on était une quinzaine à la maison. Je "descends" à la ville distante
d'une 20aine de km pour remplir 2 chariots complets... A mon retour,
j'ose demander de l'aide pour remonter 5 bouteilles de boissons alors
que je viens de me taper de porter 4 sacs de courses de 15kg (ou pas
loin) dans la grande montée jusqu'à la maison. Réponse désinvolte et à
foutre des baffes "Oui mais là j'ai chaud tu comprends !". Ben non, justement je ne comprends pas ! "Parce
que peut être que moi je n'ai pas chaud ? Pacre que peut être les 5
litres de coca et de iced-tea ils sont pour moi ? Parce que je n'ai pas
bousillé une après midi de mon temps de vacances pour faire des courses,
ce que je hais le plus au monde ?!" Des baffes oui.
> L'adolescent sait demander gentiment les choses et se justifier avant même la réponse.
Micro instant de panique le jour où j'ai vu débouler en plein après midi la bande au presque complet (soit bien une dizaine de gamins ce jour-là), chose qui n'arrive normalement qu'aux heures des repas. Puisque l'ado disparait à peine le dessert englouti pour ne ré-apparaître que lorsque son ventre crie famine. "Dis dis dis dis !! On peut te demander quelque chose ?". Hmmm... qu'est ce qu'il peut bien y avoir de grave... "Dis, dis dis. Est ce que T. peut rester une semaine de plus ? Mais je t'assure hein, on t'aidera pour les lessives, pour la nourriture, pour les courses, pour débarrasser, pour le ménage, pour faire les courses, pour ranger la maison, pour faire des gâteaux, pour laver la salle de bain, pour ne plus laisser de bordel partout... Tout est arrangé avec ses parents, ils sont d'accord... enfin on leur a laissé un message mais c'est sûr ils vont être d'accord. Dis, dis, dis, tu dis oui ?"
> L'adolescent n'accepte pas qu'on le voit encore comme un enfant.
Quand j'ai osé demandé la veille du départ d'un train à 8h du matin
(cf au-dessus pour ce qui est du rythme de vie de l'ado et de son
incapacité donc à se lever à l'heure où il s'est couché pendant 3
semaines), de faire sa valise AVANT de partir faire la fête toute la nuit, le ton est
monté. J'ai tenu bon "tu rassembles TOUT maintenant et pas demain matin quand tu vas rentrer d'une nuit de fête". Dans un long sanglot mêlé de colère j'ai entendu "Oui mais avec toi c'est toujours pareil tu me vois encore comme une enfant alors que maintenant je suis une adulte, oui une adulte !!!".
C'est en retrouvant 2 pantalons, un chargeur de portable, une paire de
chaussures et un bouquin que j'ai pu apporter du crédit à ma demande
plus que légitime... et faire un gros câlin en disant que ça m'arrangeait bien oui de la voir encore comme une enfant pour ne pas avoir l'impression d'être l'adulte chiante qui crie (alors que je suis moi-même infouttue de faire mes valises plus de 3h avant un grand départ).
> L'adolescent sème.
Mon dernier jour de vacances quand
il a fallu rassembler les affaires et fermer la maison, une semaine après le départ de tout le monde...
j'aurai pu ouvrir un magasin. J'ai retrouvé : 3 pulls, 6 chaussettes
orphelines même pas à l'un de "nous", un duvet, une lampe frontale, une dizaine de
couverts (sûrement échangés lors de nuits en montagne), des assiettes pas à moi, un sac, un maillot de bain, une
brosse à cheveux, des brosses à dents, un bouquin et j'en passe. J'imagine combien
d'objets ont donc été retrouvés dans le village au sein des autres
maisons... Et je ne parle pas évidemment des dizaines de fois par jour où j'ai eu droit à "elles sont où mes tongs ?", "ils sont où les duvets ?", "j'ai perdu mes chaussures", "t'aurais pas vu mon déo ?"...
> L'adolescent a des émotions et des sentiments exacerbés.
Le jour où le premier ado a du partir... au bout de deux semaines tous ensemble, les larmes ont coulé la veille, le soir, la nuit, le matin en montant dans la voiture, les 30 minutes de trajet jusqu'à la gare. Parce que l'ado s'attache à ses copains et à ses amourettes. Mais comme l'ado en question s'était trompé de jour pour son départ, chose dont je ne me suis rendue compte qu'au moment de le coller dans le train, quand je lui ai dit qu'il ne partait finalement que le lendemain, j'ai eu droit à un "non mais c'est pas drôle de me faire une blague pareille, c'est déjà tellement dur de quitter tout le monde, tu te rends pas compte". De retour au village j'ai eu droit à des danses de Saint Guy pendant 45 minutes que "c'était trop super méga cool génial qu'il soit revenu". Les pleurs ont recommencé dès le soir "non tu peux pas partir c'est trop triste, reste, c'est inhumain que tu partes, même la guerre de 14-18 c'était moins triste...". Finalement il est resté 10 jours de plus (cf le point plus haut). Et le jour J du vrai-faux 4ème départ, la bombe atomique et les famines en Afrique étaient bien en deçà du drame vécu par toute la bande...
Demain la suite de la fiche signalétique... Et en attendant, une petite "piscine" dans le torrent, parfaite pour un bon massage et un bain raffermissant ;)

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