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lundi, 25 janvier 2010

C'est bien la pire peine*

Je me lève. Il n'est ni trop tôt ni trop tard. Juste la bonne heure pour un dimanche où je suis rentrée ni trop tôt ni trop tard. Il était déjà demain mais pas non plus le petit matin. Je suis dans ce lit où j'ai envie de rester encore et encore. Ce lit. Mon lit. Notre lit. Je tourne et retourne dedans. Les yeux au plafond. Mes idées vagabondent. Tantôt heureuses, tantôt nostalgiques, tantôt amusées. J'entends la radio de la voisine. Pourtant le silence a toujours été absolu dans l'appartement. Sûrement mes sens plus en éveil que d'habitude.

A part ce ronron très lointain rien. Le silence. Chacun dort dans une pièce. J'attrape mon livre. J'ai lu la moitié la veille. Je décide d'aller lire dans la cuisine. Un thé fume dans la tasse de Nouvelle Zélande. Je suis assise sur un tabouret, les pieds sur un autre. La pluie fine coule sur les vitres. Le ciel est gris. Blanc. Il m'inspire.

Je récite quelques vers.

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;

Peu à peu je plonge dans une forme bien indéfinie de tristesse et de réflexion profonde. C'est sûrement cela que l'on appelle mélancolie. J'avance à vive allure dans mon bouquin. Les mots ne font rien pour me sortir de la profonde réflexion qui m'anime. Déjà plus d'une heure que je me suis installée dans la cuisine. 5 ou 6 eaux sur la chaussette à thé. La pluie ruisselle de plus belle. Mon coeur aussi.

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !

Pas de mouvement dans les autres pièces. Il est bien plus de midi. Il me reste quelques chapitres et j'entends bien ne pas me lever avant d'avoir terminé. Hier soir j'ai emprunté un Duras que je n'ai jamais lu. Après un Musso, léger et tout sauf cérébral, ce sera bien de lire du plus consistant. Une profonde réflexion continue tout au fond de moi au fil des chapitres. J'élabore peu à peu des explications sur celle que je suis, sur ce que m'a inspiré la soirée de la veille, sur cette éternelle cohabitation entre des mondes qui se joignent et se rejoignent. Je suis sur mon tabouret depuis presque 2h. Dernière page. Dernière ligne. Dernier mot... Une dernière tasse de thé. Le téléphone sonne. La conversation et les projets à venir me sortent de la mélancolie dans laquelle j'ai plongé peu à peu. Au fil des pages. Au fil des gouttes qui coulent sur les vitres. Avant d'aller me doucher, je continue de réciter le poème de Verlaine :

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

*Il Pleure Dans Mon Coeur - Paul Verlaine

dimanche, 10 janvier 2010

Et maintenant...

... Mano Solo !

Décidément ! C'est une épidémie ou quoi ?! Ma discothèque qui disparaît peu à peu en une semaine... Quelle tristesse d'apprendre son décès aux infos de 17h... alors que moins de 30 min plus tôt je rangeais ses CD près de ma chaîne pour l'écouter après Karajan (ne cherchez aucune transition logique dans mes écoutes musicales). Sûrement le seul et unique chanteur que je n'ai jamais idolâtré. C'était à un concert avec Marloute... il y a si longtemps. J'ai encore sa petite carte encadrée dans ma chambre avec son joli dessin qu'il avait fait juste pour moi. Le seul autographe jamais demandé de toute ma vie, tant je trouve cela dérisoire. Mais un dessin de lui, qui était également un peintre/dessinateur accompli, c'était un vrai cadeau.

Je l'avais découvert en 1994 au Gabon. Un CD ramené dans le fin fond de notre brousse, comme un grand bol d'air frais, là-bas où les découvertes musicales étaient si rares. Puis j'avais acheté chaque album le jour de leur sortie. Le dernier il y a quelques mois écouté en boucle pendant des semaines. 

J'en ai les larmes aux yeux.
C'est pas du gâteau... Je marche seul... Allo Paris... Pont d'Austerlitz... Je taille ma route... Julie... J'avance... Allez viens...
Quelques titres parmi tous ceux qui me viennent en tête et que je suis capable de réciter mot par mot.

Je suis mort, mais rien n'est fini, il reste ma voix et bien peu d'écrits.
Mes amis ne pleurez pas, le combat continue sans moi.
Tant que quelqu'un écoutera ma voix je serai vivant dans votre monde à la con.
Adieu mes amis, priez pour moi...

Je suis venu vous voir


mardi, 22 décembre 2009

Tout commencement n'est qu'une suite

C'est sûrement le reportage de ce week end qui a provoqué le rêve de cette nuit. La route était longue, longue. J'étais dans un petit bus, un peu comme celui qui nous amenait le matin à l'école. Sur la route entre le collège et la maison au Gabon. Une 50aine de kilomètres de route. L'une des rares routes goudronnées du pays d'ailleurs.

Mètre par mètre... j'ai revu chaque caillou, chaque arbre, chaque trou dans la route, chaque talus. Plus on approchait de chez moi plus l'excitation était grande... de revoir ma maison... même si je savais très clairement que je ne pourrais pas m'y arrêter. J'ai quand même fait un petit stop dans le village pygmée où je vivais. J'ai demandé si Antoine était encore là... et j'ai repris la route dans le petit bus. Quelques kilomètres plus loin, j'ai vu l'embranchement... et au loin, très très loin la maison. Moment de bonheur et de joie absolue. Rarement j'ai fait un rêve aussi précis et de tant de détails. Aussi réel. 15 ans après pourtant.

Quand j'ai émergé de cette merveilleuse balade, il faisait déjà jour dans ma chambre. J'ai attrapé en sursaut mon radio réveil... et comme je le craignais, il était bien plus de 9h ! Soit bien plus que très en retard au bureau. Mon petit Sony avait eu l'excellente idée de ne pas me réveiller... pour me laisser finir ma longue route, ma si belle promenade. Et puis bon... j'ai bien assez d'heures au compteur ces derniers mois années pour pouvoir me pointer en retard...

Journée épuisante au travail. A jongler entre 15 dossiers... à être obligée de remettre les points sur les i avec certaines de mes équipes. Calmement d'abord... Jusqu'à ce que je pète une durite (c'est chose assez fréquente ces temps-ci), pour travail non-fait... en tout cas inachevé. Alors que je demande un tout petit peu d'aide tant je me noie petit à petit de trop de choses à gérer. Et je ne peux même pas espérer souffler... Un truc vient d'être calé le 25 décembre... trop bien... et le 29... trop bien aussi. Bordel.

Heureusement qu'entre midi et deux je m'échappe pour faire la connaissance du 2ème plus beau ptit bout'chou de la terre... le premier étant son petit frère. Les deux pauvres petits obligés de s'emmitoufler sous 10 épaisseurs de fringues en arrivant directement de Guadeloupe. C'est sûr que la vie est quand même plus facile au soleil... Deux heures à pouponner entre deux crèpes... à me faire mordiller les doigts de dents qui ne veulent pas sortir. Deux heures pour MOI et pour eux que pas un seul coup de téléphone ne m'enlèvera. J'avais prévenu pourtant que j'étais injoignable. Pour une fois où je m'arrête le midi... mais non, mon téléphone qui se met à vibrer. Je débranche. Parce que ce moment-là, rien ne me l'enlèvera, et surtout pas un putain d'appel de mon travail !

Pas envie de retourner dans la fournaise. Pas envie que le bonheur soit si court et mon temps à moi aussi chronométré. Je sais que je vais terminer au milieu de la nuit ce soir... L'après midi est pénible et entrecoupée de coups de gueule. Je justifie mes colères parfois mal comprises. Et ce n'est sûrement pas le super-titre qui va m'être attribué à partir de demain qui va arranger les choses... Il faudrait que je m'en réjouisse... Mais j'ai du mal. A l'instant précis, je préfèrerai redevenir la petite stagiaire d'il y a 10 ans. Je rentre à plus de 21h30 chez moi... le temps de me faire inonder sous la pluie battante avant de m'y remettre. Entre deux docs, je pèle des carottes et un oignon. Ca me prend exactement 6 minutes. Pendant que ça rissole dans la casserole je termine d'envoyer un mail. Un litre d'eau dans la cocotte. 3 slides dans mon doc le temps que ça bout. Deux Vache qui Rit, du gingembre frais. Je mixe, un bol, je bois ma soupe en finissant une conversation.

Le CD de Rouge pour m'apaiser un peu et me motiver. La 16 en boucle, encore et encore (d'où le titre de ce billet). Des petits chèvres du marché. 3h sans interruption à pondre des lignes et des photos et des blablas. Besoin de souffler. Un billet à la va-vite pendant que ma tisane infuse. Ce soir... Vanille, gingembre frais, anis étoilé, clou de girofle et poivre du Sishuan.

Il ne me faudra pas trop de 3 ou 4 théières pour terminer tout ce que je dois livrer avant demain.

[Edit : Wawwwwoooou !! Qu'elle est bonne l'infusion de ce soir !]

[Edit de 3h40 : 3 théières plus tard... dont un mugg complet qui a fini sur le tapis et le parquet... je vais DORMIR ! Et mettre mon réveil en double alarme...]

samedi, 19 décembre 2009

Entre mer et lagune... entre forêt et souvenirs insondables

Je suis sortie tôt faire mes courses. Il faut dire que le dernier week end avant Noël annonce la foule des grands jours dans mon quartier... et dans le genre "mode sauvage" dans ces périodes, je fais pas mal !

Un paquet à envoyer à la Poste, des chaussures à acheter, un tour chez le Chinois du coin pour m'acheter de bons fruits : je ressors avec deux maracudjas et une boîte de lapsang Souchon en sachets tant qu'à être là. Magasins de jouets : un cadeau pour mon ti'moun (le p'tit gars qui arrose l'oursin dans le bandeau du haut) et qui arrive demain. La ville et les rues sont encore bien calmes... j'en profite donc pour faire un tour à la librairie, et me farcir la corvée de courses de nourriture pour finir la matinée.

Petit repas dont je reparlerai car j'ai innové un truc très rigolo dont j'ai fait des photos. Puis j'allume par le plus grand des hasards la télé. Je tombe sur le début d'un reportage sur une expédition scientifique au Gabon. Ca m'énerve car ils ne donnent pas le nom exact de la région (grrrrr), mais très vite je reconnais. Et pour cause ! C'est l'endroit exact où il y a plus de 15 ans je rencontrai Marloute... Vague d'émotions. J'hésite à regarder car je sais que ça va réveiller en moi de vieux souvenirs tellement bons et tellement heureux qu'ils me plongeront irrévocablement dans la nostalgie de ces si merveilleux moments.

Et puis, il faut bien affronter ma nostalgie latente de cette enfance si particulière, et pour laquelle j'ai bien du mal à accepter que plus jamais je n'aurai la chance de vivre si grandes aventures. Alors je m'installe confortablement avec une grosse couverture dans le canapé. Je me marre à plusieurs reprises en entendant les commentaires de la scientifique anglaise. Et, ce que je vais raconter ne manquera pas de faire éclater de rire Marloute.

"La lagune est infestée de crocodiles... hors de question de s'y baigner". Hmmmm... nous y avons pris nos bains quotidiens pendant deux mois pour nous laver après les journées d'exploration !

"Se promener seul sans guide dans la forêt est très dangereux. Des éléphants pourraient arriver"... huhuhuhu !! Et dire que nous partions toutes les deux le matin, pour aller écouter les singes... ou à la recherche des éléphants.

"Dormir au sol serait suicidaire, tant les insectes veillent. Dans cette régions ils sont souvent mortels. L'équipe est obligée de construire une cabane dans les arbres pour poser ses tentes". Je repense avec émotion à notre campement au sol entre mer et lagune. Je ressors mes vieilles photos pour la peine. Je retrouve notre tente "igloo" qui servait à la fois de chambre, de lieu de rendez-vous nocturnes pour de longues nuits de confidences, de crèche pour les bébés crocodiles... 

Les singes, les éléphants, les panthères, les hippopotames, les gorilles, les serpents... Ce sont les mêmes que nous observions il y a 15 ans, et que je vois désormais dans un très épuré et très beau reportage animalier. C'était notre quotidien, notre bonheur à nous, notre rencontre avec la forêt la plus préservée au monde. Celle qui renferme le plus d'espèces protégées. Une chance exceptionnelle et une expérience inoubliable quand on a même pas 15 ans.

Je replonge dans mes souvenirs intacts. La chasse aux crocodiles la nuit. Les captures d'oiseaux. La forêt "impénétrable" (disent-ils) où nous parcourions des kilomètres machette en main à la recherche des éléphants ou des grands primates. Les campements improvisés. Les repas au feu de bois. La vaisselle sur la plage.

Le générique confirme qu'il s'agit pile poil de là où nous avons passé ces deux mois de vie. Relire ce nom de village, me donne presque les larmes aux yeux... Mais un jour j'y retournerai, et je me baignerai à nouveau dans la lagune. Je me roulerai dans les souilles à éléphant dans la boue molle. Et on passera des heures à observer les singes dans les arbres, à écouter les éléphants au loin et à débusquer les panthères en pirogue. Hein Marloute ?

J'ai déjà fait quelques billets sur cet été magique, si vous voulez en apprendre plus, allez les lire :

Extraits en vrac de mon carnet de voyage pendant les deux mois en pleine forêt

Une escapade matinale avec Marloute qui aurait pu mal se terminer (ou pas !)

La "chasse" au crocodile de nuit

samedi, 7 novembre 2009

Mettre des croix.

J'aurai du me méfier de certains signes.

La journée a commencé vers 6h30... dans mon king-size bed double size (oué rien que ça). Mystères du sommeil. Réveillée deux heures avant mon réveil... tout juste 4 heures après m'être couchée... Voyons le côté positif des choses, j'ai pu ainsi profiter de la douce couette, des draps qui sentent bon, des multiples oreillers moelleux, de la pluie qui bat sur les carreaux... et me rendormir une heure avant une journée marathon absolue.

C'est juste après que j'aurai du capter le deuxième signe et comprendre que la journée allait tourner au vinaigre. Au moment où je suis entrée dans la baignoire face à la colonne des 4 robinets et que j'ai du sortir toute ma science de très bon matin pour comprendre lequel des boutons réglait l'eau, lequel actionnait la pluie fine, lequel le pommeau masseur et lequel envoyait de jets d'eau tourbillonnant. J'en ai vu d'autre hein... Mais pourquoi l'eau reste glaciale ? 30 secondes... 1 minute... 2 minutes... 3 minutes. Hmmm... Ce n'est pas comme si on était au mois de novembre en Normandie... mais quand même... un peu de chaleur ne ferait pas de mal. Pas d'eau chaude non plus au lavabo... Bon eh bien... douche froide donc... enfin... douche glacée plutôt. Dans un trois étoiles à 195€ la nuit... ça ne fait pas sérieux tout de même. Un texto à un collègue pour savoir si je suis la seule chambre de l'hôtel à bénéficier de ce régime de faveur. J'ai vite la réponse en me dirigeant vers le petit déjeuner... et en croisant trois quatre autres collègues... dans l'ascenseur. Tout l'hôtel au même régime. On va se dire que c'est la méthode du coin pour nous préparer à la pluie battante extérieure.

Petit déj en charmante compagnie. Avec une collègue que je vois rarement mais que j'apprécie tout particulièrement. Qui a voulu m'embaucher l'an dernier... mais à qui j'ai refusé l'offre pour un tas de raisons diverses et variées. Réunions et points entre les croissants, le pain grillé, les œufs brouillés et le bacon... rentabiliser chaque instant.

Affronter la pluie battante glaciale... version deuxième douche du matin... à même température tout aussi désagréable. Par miracle entre l'hôtel et le "travail" je passe devant un supermarché, en vitrine des chaussettes. Je n'ai plus qu'une paire à me mettre depuis des semaines. Vu le rythme actuel, voilà bien le genre de détail que je n'ai pas la possibilité de gérer. J'entre, je prends 6 paires, je paye, je sors. 2 minutes montre en main... Efficacité. Rentabilité. La meilleure méthode du moment. La semaine dernière j'ai fait pareil avec des Converses. "Bonjour, vous m'en mettrez deux paires en taille 6". Pas d'essayage. Pas de tergiversation sur les couleurs. Pas le temps de prendre plus de temps...

Tout s'accélère mais ça, c'est une évidence sur ce genre de déplacement. Marathon à courir sur différents projets. Arborer une casquette puis l'autre. Revenir à la première. Réintégrer une troisième. Gérer toutes les merdes du monde de dernière minute. Trouver les parades et les solutions à tous les aléas techniques et bien entendu toute la série du répertoire de la Loi de l'Emmerdement Maximum. Me faire alpaguer 10 fois, 20 fois, 30 fois... pour régler d'autres petits trucs. Le problème quand on est identifié comme la meilleure "débrouille-merde" du milieu... la "petite perle", la "fée", "ma sauveuse" (je ne fais que citer)... c'est que l'on devient assez vite le couteau-suisse référencé qu'on appelle à la rescousse... Je réussis à caser par miracle absolu une consultation médicale entre deux portes en croisant le médecin bien connu du milieu. Encore mes oreilles "ah ben oui... ils ont une sale gueule tes tympans". J'ai couru, j'ai sauté d'ordis en ordis. De discussions en discussions. D'interviews en interviews. De tournage en tournage. De problématiques en problématiques. J'ai même calé une réunion de crise avec mon "patron". De celles que seul lui et moi pouvons partager après presque 10 ans de travail côte à côte. D'intimité mêlée à une franchise totale et absolue. Désamorcer la bombe. Tout. J'ai tout réussi et même plus encore.

Je vous avais dit hier que je devais être à trois endroits en même temps aujourd'hui. Et il y en a un que je m'étais jurée de rallier ce soir. Parce que ce soir, comme trop rarement je voulais que ma vie personnelle passe avant tout le reste. Parce que ce soir, il y avait l'anniversaire d'une très chère amie. Parce que ce soir je devais retrouver toute ma bande d'amis du Gabon. Parce que ce soir, c'était un défi personnel de pouvoir vraiment faire passer ma vie intime avant celle de mon travail. Un défi plus insurmontable que toutes les prouesses dont je suis capable dans mon travail. C'est quand j'ai regardé sur internet les horaires de train que j'ai vu apparaitre la fenêtre rouge mettant en garde contre une interruption de trafic. Exactement LA ligne que je dois emprunter. Coulée de boue. Voies emportées. Interruption totale de trafic. J'avais tout fait. Je m'étais démenée depuis ce matin. Depuis des jours j'avais organisé mes interventions expresses en rusant et en optimisant chaque seconde. Pour être ce soir auprès d'eux tous. Et même si c'était pour quelques microscopiques heures. Pour une courte nuit à Paris avec ceux que j'aime... avant de reprendre le premier TGV demain matin pour être à Nantes à la première heure pour gérer un autre dossier. Je n'ai pas craqué. Deux collègues m'ont dit que j'avais quand même une sacrée force mentale à encaisser tout ce que j'encaissais dans une seule journée. "Pas le choix, c'est après qu'on a le droit de craquer. Le soir toute seule dans la chambre d'hôtel. Mais pas dans le feu de l'action." C'est quand j'ai pris mon téléphone pour appeler Frérot et le prévenir que je ne pourrais pas venir que je n'ai pas pu me retenir de fondre en sanglot. Tout le stress cumulé et l'amère désillusion. Parce que j'ai échoué et que ce soir je ne suis pas auprès d'eux tous. Et puis au bout de moins d'une minute mon téléphone a coupé. Plus de batterie. Bien entendu. Parce que craquer par contre j'ai le droit pendant moins d'une minute. Je suis sortie de la cage d'escalier où je m'étais réfugiée pour m'isoler de tout le reste. Je suis retournée dans la fournaise. Et repris la casquette de la battante. J'ai organisé la solution bis pour être tout de même dans le lieu 3 demain matin à la première heure. Solution voiture.

J'ai juste exigé une seule toute petite chose. M'assoir à une table avant de prendre la route pour manger. Parce que le dernier repas remontait à la veille au soir. Et même s'il était déjà plus de 22h et qu'il y avait plusieurs heures de route. Prendre une toute petite heure pour un semblant de vie normale. Elle avait un goût amer la pizza... face à la soirée que je rêvais de pouvoir m'accorder. Même le coca, mon remontant quand tout va mal, je n'ai pas pu l'avoir. Je l'avais senti venir. Ils ne servaient que du Pepsi. Évidemment. J'aurai du me douter. Un détail insignifiant... mais qui représente tant... Comme d'échouer dans ma vie privée.

Savoir mettre des croix. Et encaisser. Et l'écrire... pour digérer un peu.

jeudi, 8 octobre 2009

Histoire de profs... et de pâtes

Je crois que c'est au lycée que j'ai eu les profs qui m'ont le plus marquée.

Un jour Aujourd'hui en fait, je vous parlerai d'un couple que je rêverai un jour de recontacter. J'ai fait quelques recherches sur internet, mais impossible de les relocaliser dans le monde. Mon prof de math et celle de français au fin fond du Gabon. Deux vieux routards des lycées africains. Ces deux-là on clairement eu une influence déterminante dans ma vie.

Grâce à elle, qui portait un nom morbide à souhait, j'ai eu le déclic de l'orthographe. C'était en 3ème. Le jour où elle s'est penchée sur ma copie en me criant "Mademoiselle, un collier de perle, à votre avis, il est fait d'une seule perle ?"... Je crois que s'il fallait m'illustrer à cet instant, une poule devant un couteau serait une bonne image. J'avais cogité l'air végétatif, essayant de trouver quelle faute j'avais bien pu faire. Et l'évidence m'était apparue un peu comme la vierge à Bernadette dans la grotte de Lourdes. Mais bien sûr !! Un collier... forcémment il y a plusieurs perles ! J'avais vite corrigé ma copie "un collier de perles". A partir de ce jour, je suis passée de 4 de moyenne en orthographe à 18. Simplement car j'ai eu le déclic. J'avais beau lire du matin au soir depuis le CP... avoir dévoré Camus dès la 6ème... avoir 18 en rédaction... l'orthographe n'était clairement pas mon fort. Jusqu'à ce jour. Le jour du déclic je l'appellerai. (et interdiction absolue de souligner les éventuelles fautes que je peux faire dans ce billet ;) ;) )

Lui, portait le nom d'un gâteau. Quand nous sommes arrivés au Gabon, la première chose que m'avait racontée une fille croisée à l'aéroport concernait ce prof. "Je te jure... si par hasard tu as ce prof, rentre tout de suite en France. Il est horrible, méchant. Il est sévère. C'est un monstre". Bien entendu dans un collège si petit, j'avais une chance sur deux. J'étais évidemment tombée sur lui. Je crois que de ma vie étudiante je n'ai jamais eu meilleur prof. Prof aussi sévère et intransigeant certes. Mais celui qui m'a fait découvrir les mathématiques dans leur plus bel art. Ses méthodes drastiques ont fait de toute la classe des cracks en maths, la moyenne de la classe au Brevet des Collèges Gabonais était au delà du 15. Nous étions en 3ème et nous avions pourtant 10h de math par semaine. Plus encore qu'en Terminale option Math. Mais au fin fond de la cambrousse africaine, ce sont les matières "nobles" qui sont enseignées en priorité et à profusion (je ne vous raconte pas comme j'étais douée en rentrant en France... même si je me suis bien effondrée ensuite en faisant un blocage en Terminale S... mais c'est une autre histoire !). Alors chaque heure de libre dans la semaine était immédiatement comblée par une heure de math. Mr Gâteau donc. Qui nous faisait refaire les devoirs jusqu'à ce qu'il n'y ai plus une seule mini virgule fausse ou une accolade mal dessinée. Je vous assure que cela développe une perfection infinie quand au bout de la 35ème version du même devoir, on a enfin le droit d'évoluer vers le suivant !! Qui à chaque début de cours nous imposait 5 minutes de calcul mental sur ardoise. Qui m'a fait découvrir l'informatique et le langage DOS en me faisant coder de longues pages (les tous débuts de ma geek-attitude). Qui était capable de jeter des craies à travers la classe quand un calcul était faux. Ce Mr Gâteau qui a su développer à l'extrême mon esprit de synthèse et de déduction.

Ces deux profs, le jour où ils ont quitté le lycée, je les ai pleurés je me souviens. Aujourd'hui je ne sais pas s'ils sont encore vivants ou s'ils enseignent encore... mais un jour j'aimerai leur envoyer un courrier pour les remercier de m'avoir guidée vers celle que je suis devenue aujourd'hui.

Ce billet ce devait être une mini anecdote, sur un prof en particulier... finalement j'ai développé bien plus que je ne l'imaginais !

Ce que je voulais vous raconter aujourd'hui c'est un souvenir de mon prof d'histoire géo de Terminale. Qui m'est revenu ce midi en mangeant une salade de pâtes. A vrai dire, en ce moment, c'est pâtes midi et soir. Soir car au milieu de la nuit c'est bien ce qu'il y a de plus rapide à cuisiner quand je rentre chez moi... et le midi, car je ne résiste jamais à la salade de pâtes du traiteur du coin avec les tomates séchées, les pignons, l'huile d'olive... Et c'est surtout ce qu'il y a de plus énergique pour tenir la forme... Je me suis donc souvenue du conseil de mon prof d'histoire géo, amie intime d'Elisabeth Guigou. A l'époque elle était ministre de la Justice et mon prof la voyait très souvent le week end quand elle descendait en Provence. Le lundi matin il nous racontait souvent quelques anecdotes à ce sujet... et il ne manquait jamais de nous rappeler : "Je vais vous donner un conseil pour réussir votre bac. Le même conseil que je donne à Elisabeth chaque fois. Vous l'avez vue hier en conseil des ministres ! Comme elle était palote ! C'est parce qu'elle ne m'a pas écouté. Pourtant je lui dis tous les matins à Elisabeth ! Il faut manger des pâtes ! Mange des pâtes Elisabeth ! Alors quand elle vient à la maison je lui en fais... et elle reprend tout de suite du poil de la bête !"

Ca m'a fait rigoler de repenser à ce conseil. Les sucres lents... il n'y a que ça de vrai en ce moment :) Il avait bien raison ce cher bonhomme !

lundi, 27 juillet 2009

Au vert

Retour de mon week end à la montagne hier soir tard en avion. Train très tôt ce matin pour un A/R express à Paris. 2 heures de train, 2 heures sur place, et re-2 heures de train dans l'autre sens.

Il a fait chaud, il a fait beau tout le week end. Une belle soirée d'anniversaire avec des loupiotes, des bougies, des lampions disséminés un peu partout dans le jardin. Et malgré l'absence de lune, inutile d'ajouter la moindre lumière artificielle. Un vrai décor bucolique comme je les aime !

Un petit tour au marché samedi pour faire le plein de bonnes choses. Moment précieux avec ma sœur... à imaginer les menus du week end, goûter du miel, se faire offrir du fromage, trouver des piécettes au fin fond du porte-monnaie pour payer (pas une pour rattraper l'autre en terme de rangement de sac)... Dans le panier en osier, que je lui offre pour l'occasion, nous avons surtout mis du fromage à n'en plus finir. Le meilleur du monde évidemment ! Du brebis des Pyrénées... un peu de vache aussi... puis du Bethmale... et des chèvres à tomber par terre.

Et puis aux bonnes sœurs où j'aime bien me fournir, encore du fromage... une tomme dont elles ont le secret... et une gelée de pommes dont le pot n'a pas vu la fin du week end... Chez un autre petit producteur, deux gros pots de miel du coin. Ici, ce que j'apprécie c'est que personne ne fait tout un foin du "bio" à outrance, contrairement aux marchés bobos qui fleurissent dans toutes les villes et qui sous couvert de mode de retour à la nature affichent d'immenses panneaux ventant les mérites de leurs produits... L'affichage à outrance, j'ai toujours trouver cela suspect ! Ici, tous les produits que l'on trouve viennent du coin, de micro fermes et ne font pas plus de 50 km pour arriver jusqu'au marché. 

J'avais cuisiné pour le dessert une immense salade de fruits. C'est bien là-dessus que je suis la meilleure cuisinière et que mes convives se régalent systématiquement. J'aime tellement agrémenter les fruits entre eux et surtout trouver les petits secrets pour chacune de mes salades. Là, c'est justement la gelée de pommes qui est venue ajouter la touche finale, puis comme marque de fabrique de la menthe du jardin, et pour la couleur et le décor, les dernières groseilles et cassis qui m'avaient attendue.

La menthe du jardin justement, idéale pour quelques mojitos face à la montagne quand le soleil a commencé à se coucher derrière les sommets. Une longue nuit de fête commençait alors... un barbecue de magrets de canards... des brochettes maison... Vers 3 heures du matin après un grand feu dans le jardin, et alors que tout le monde est parti se coucher, j'ai attrapé quelques couvertures, un duvet... et me voilà partie avec un groupe de copains d'enfance du village sur un chemin sinueux, boueux et vraiment casse-gueule en pleine nuit et sans frontale. Objectif étoiles puisque visiblement c'est LE jour. Le spectacle n'est même pas descriptible. J'en ai observé des ciels étoilés. Aux quatre coins de la planète... et dans des endroits vraiment reculés, à des centaines de kilomètres de toute source lumineuse. Mais là, samedi soir au milieu de la montagne, je n'avais jamais vu autant de milliards d'étoiles... et des dizaines d'étoiles filantes (j'ai arrêté de compter au bout d'une cinquantaine)... Et puis de toute façon j'étais vraiment à court de vœux !! Moment magique. Juste un petit moment flippant quand j'ai tourné la tête à un moment, me retrouvant quasi nez à nez avec un cheval venu nous rendre visite ! Quel con de m'avoir fait sursauter !

Au lever du jour, vers 6 heures, nous redescendons dans le village. J'enjambe des matelas et un tas de ronfleurs pour rejoindre mon lit. Persuadée qu'il est bien plus de midi, je me lève moins de 3 heures plus tard... Je suis la dernière couchée mais première levée. J'ai tellement soif de profiter de chaque seconde ici. Petit déjeuner avec les confitures, miels et fromages du marché... thé face à la montagne. Une copine du Gabon se réveille tôt également, nous ne nous sommes pas vues depuis si longtemps que cet instant juste toutes les deux avant que toute la maison se réveille est délicieux. Puis un ami passe au loin dans le village. Voilà 20 ans que nous nous étions pas croisés. A l'époque j'étais plus jeune que ses propres enfants d'aujourd'hui. Forcément nous avons beaucoup à nous raconter. Quelques théières font l'affaire...

La maison s'anime alors que l'Angélus sonne. La randonnée vers un lac est quelque peu compromise vue l'heure, on se rabat sur un tour de village par les sommets. Mon chemin préféré, celui que je connais comme ma poche, dont je connais chaque caillou, chaque arbre, chaque croisement. Pique-nique-goûter dans un grand champs de chardons. Sieste au soleil, concours de bâtons... Je ne sais pas qui a la bonne idée de demander l'heure... C'est vrai que c'est un détail, mais j'ai quand même un avion à prendre dans moins de 3h, dont une heure de marche avant la maison et une heure de route avant l'aéroport... Je saute l'option bain dans le torrent et la cascade que prennent tous les copains pour aller faire le tour du village et dire au revoir à ceux qui finissent leurs vacances. J'abandonne à la hâte mon short et mon vieux débardeur sur mon lit... je jette les chaussures de marche sous l'escalier. En un coup de main je me suis transformée en fille des villes (version jean/bensimon je vous rassure). Je laisse ici la vraie sauvageonne que je suis... il est temps de se mettre en route...

Pour la photo de la grange, c'est un billet de Sara qui m'a fait prendre conscience la semaine dernière que je ne prenais jamais en photo les vestiges de notre montagne... Ces vieilles granges désuettes qui sont peu à peu rénovées pour laisser place à des gites... Alors ce week end j'y ai pensé et j'ai pris quelques vues bien typiques ! Merci Sara :)

jeudi, 16 juillet 2009

Le ciel d'or

Alors que je suis entrain de chercher un plugin permettant de bloguer par mail (histoire de vous poster quelques billets pendant les vacances*)... je tourne la tête vers l'extérieur tant quelque chose d'inhabituel m'attire l'œil. En un regard, j'ai le cœur qui se serre d'une force incroyable... une telle couleur ne peut être causée que par un incendie ! J'ai vu bien trop souvent d'immenses feux (les brûlis au Gabon qui prenaient des proportions démesurées), pour me tromper ! Je cours à la fenêtre de ma chambre pour voir d'où cela provient et qui sait... évacuer mon immeuble... pourtant je n'ai entendu aucun pompier.

Et là... le spectacle est à peine croyable. Le ciel s'est embrasé** d'un jaune doré vraiment rare. On croirait à une pluie d'or... j'en suis presque émue aux larmes tant le spectacle est beau. Je reste béate d'admiration sur mon balconnet. Tout mon champ de vision est d'un jaune éclatant. Les murs, les immeubles alentours, ma peau, mes fleurs... Il se met d'ailleurs à pleuvoir pour accentuer encore le côté irréel du spectacle.

Je prends une petite photo... même si évidemment le spectacle en vrai est encore plus beau !

Le temps d'écrire mon billet, le ciel s'est embrasé de rose... C'est fou quand même ce dont est capable la nature ! Ca me laisse sans mot de si beaux spectacles...

* Bon visiblement le plugin magique n'existe pas... Dommage !
** Peut être parce que je suis justement entrain d'écouter Johnny !! Mais ça, surtout vous le dites pas à Karmara !! Promis hein ??!!

mercredi, 15 juillet 2009

La cueillette...

Il est une occupation que j'aime par dessus-tout... dans la même lignée que faire des puzzles... ou trier le riz... cueillir les fruits rouges.

Vous me verrez passer des heures et des heures à débusquer les myrtilles dans la montagne. Alors quel plus grand bonheur que d'être arrivée ce week end au pile moment où les groseilles étaient à maturité et qu'il fallait donc les ramasser.

J'ai proposé à mon amie de cueillir les fruits pour elle, n'ayant malheureusement pas le temps de me lancer dans de la confiture, lui laissant donc cette tâche. Deux heures de cueillette... 5 kilos de groseille. Des grappes croulantes sous le poids des fruits rouges gorgés de soleil. Il m'en reste presque autant sur les branches, mais le temps m'a rattrapée... foutu travail... si lointain...

Toute seule avec mon grand saladier à ramper sous les branches... assise une fois sur un rocher, une fois accroupie, une autre fois encore posée dans l'herbe. Deux longues heures à faire vagabonder mon esprit dans les méandres de mes pensées. La liberté absolue du temps juste pour moi et la divagation. En regardant la montagne je pensais à tellement de milliers de choses. Faisant le point sur ma situation actuelle, le futur, le passé... Je ne sais pas si j'ai eu autant d'idées que de petites groseilles cueillies... mais sûrement pas loin ! Entre grands sourires, rêves, futur à venir, projets de vie...

J'ai donné à mon amie le grand saladier à la fin de ma cueillette pour qu'elle en fasse du jus puis de la confiture. Pour ma part j'ai récupéré un kilo pour cuisiner un clafoutis de groseilles. Le gâteau n'a pas fait plus d'un repas tant toute la famille s'est jeté dessus et s'est régalé.

D'ici quelques jours les cassis seront à maturité. J'espère qu'ils vont m'attendre... car là, ce ne sont pas 5 kilos mais bien 15 ou 20 kilos que je dois ramasser ! L'occasion de divaguer encore et encore. Juste moi, seule avec moi et mes idées... Voilà bien un petit bonheur absolu... Un luxe de solitude.

vendredi, 26 juin 2009

MJ's gone

Comme tous les soirs, je m'endors avec mon radio-réveil en mode "sommeil"... 15 minutes pour me transporter dans le monde des rêves. Il m'en faut moins de la moitié pour sombrer généralement. Mais pas hier soir. Aux infos de minuit... ouverture du journal sur l'arrêt cardiaque de Mickaël Jackson. Il serait mort. Outtchhh... Le genre d'info qui vous remet de suite d'aplomb et vous sort assez vite de la phase de pré-sommeil.

J'envoie un texto tout de suite à mon frère et ma soeur... parce que MJ... soyons clairs tout de suite, je n'étais pas une fan-addict. Je n'étais pas une groupie. C'est juste un pan des souvenirs de mon adolescence associés à lui qui s'éteint. C'était l'époque du Gabon. C'est là-bas que j'ai découvert sa musique et surtout ses paroles.

Pendant des mois j'ai reçu des petits mots doux pendant les cours. Des petits papiers qui passaient du fond de la classe au premier rang (en bonne élève que j'étais)... des papiers que l'on s'échangeait dans la cours de récré, des petits mots interceptés de temps en temps par les profs qui voyaient bien clair dans notre jeu amoureux. Et sur ces petits bouts de cahiers griffonnés... de longues tirades dégoulinantes de poésie que je tentais avec mon anglais pourri de l'époque de décrypter. Ça parlait de solitude... ça parlait d'amour non-dit... ça cachait des messages secrets... Ne connaissant absolument pas les chansons de Mickaël, j'ai cru pendant des mois à l'immense lyrisme de mon amoureux. Mystery Boy signait-il. Et à 14 ans ce sont des mots qui retournent les cœurs et font battre la chamade.

Tous ces petits papiers je les ai gardés bien précieusement dans des boîtes plus précieuses que tout ce que je peux avoir. Ce matin je n'ai pas eu le temps de les ouvrir... mais ce soir je vais replonger dans cet amour jamais consommé avec, je le sais déjà, ce petit sourire de nostalgie et de souvenirs du "bon vieux temps" comme on aime en parler 15 ans plus tard !

Et pui MJ... ce sont les soirées avec les SDF dont faisait partie évidemment mon mystérieux amoureux. Je vous invite à aller relire le billet pour comprendre. Dans le fin fond de notre brousse, MJ animait nos longues nuits blanches... On devait avoir deux K7... peut être trois... alors imaginez bien la répétition en boucle des morceaux. A défaut de toute autre ouverture sur le monde "moderne" (eh oui internet n'existait pas encore, nous n'avions pas la télé et la radio débitait du Soukouss et du Ndambolo du matin au soir), j'ai commencé à apprécier sa musique. Pour tout le bonheur de nos soirées. Un peu rouleau compresseur comme méthode, mais au bout de 30 répétitions de la même chanson... forcémment on commence à connaitre l'air par cœur, les intonations... et surtout j'ai retrouvé assez vite les paroles que je me démenais à traduire !

MJ c'était l'icône inaccessible au fin fond de notre Afrique. Pourtant, il y était venu un jour dans notre brousse Mickaël Jackson ! Imaginez... tout là-bas, à la frontière du Congo, la star absolue venue donner un concert dans les années 80. Dans ce coin où les routes goudronnées étaient bien rares, l'électricité réservée à quelques uns... L'une de nous avait assisté au concert et avait d'ailleurs quelques photos avec lui (tu y étais pas manu ?). On regardait l'album souvent et nous rêvions du jour ou peut être on irait voir un concert de lui...

Dans notre groupe des SDF, il y avait deux fans absolus et invétérés de MJ... qui dansaient toute la nuit le moon walk, qui essayaient de nous apprendre les pas, les gestes, les paroles, les morceaux... On recevait les magazines avec 2 ou 3 mois de retard par rapport à leur parution, mais la moindre info rendait complètement dingue nos deux groupies. Parfois, on récupérait des VHS avec des clips de lui enregistrés. C'était parti pour une diffusion en boucle pendant les 3 soirées qui suivaient. MJ on en bouffait jusqu'à plus faim. MJ souvent on essayait de cacher les K7 tellement on n'en pouvait plus... MJ c'était les yeux dans le vague en regardant la lune qui se levait au loin. (elle est belle la lune hein... ça c'est juste la private joke pour ma gabonaise-canadienne de SDF). MJ c'était le cache-cache amoureux avec Mystery Boy.

Un peu pour tout ça, quand même, ça me fait toute chose que MJ soit mort !

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