Qu'il est facile de bâtir des murs. De s'enfermer et de se protéger de tout ce que l'on ne veut plus vivre. Qu'il est facile de se murer dans une réalité bien à soi. Un idéal très confortable qui ne demande aucune confrontation avec certaines souffrances.

Je viens de faire le ménage de fond en comble chez moi. J'étais partie pour un rapide coup d'aspirateur. Finalement, j'ai lessivé les murs, les portes, les poignées de porte. J'ai javellisé tout ce qui pouvait l'être. J'ai passé de la cire sur les parquets. J'ai aspiré, rangé, plié, repassé. Certes l'appartement en avait besoin... de là à récurer chaque recoin... Mais je crois que j'avais surtout besoin de m'investir dans une tâche sans intérêt pour laisser divaguer mon esprit après une journée assez éprouvante.

Ce soir les étudiants ont réinvesti la ville. La rue est bordélique de gens qui hurlent, de casseroles qu'ils se lancent, de chants débiles de soirées d'intégration. Ils se jettent de la farine, des œufs. Il est tout juste minuit et ils sont déjà ivres morts. J'en entends beugler au loin. Je ne crois pas avoir encore passé le stade de la vieille grincheuse aigrie (encore que... peut être)... mais ce soir je n'ai aucune patience en la matière.

D'autant que la nouvelle serveuse du bar d'en bas commence son rituel. Tous les soirs depuis 3 semaines au moment de la fermeture après minuit... pendant 20 minutes, elle tire les tables en fer sur les pavés au lieu de les soulever. A intervalles réguliers toutes les minutes. Un fracas au moment de sombrer dans le sommeil. De plus en plus angoissant. J'ai décidé d'aller glisser un mot dans la boîte aux lettres pour leur demander de les soulever histoire d'éviter de réveiller tout le quartier. Car de soir en soir je suis moins tolérante sur cette nuisance. D'autant qu'environ 20 minutes plus tard c'est le lourd rideau de fer que le patron descend comme un fou furieux.

J'ai bâti un rempart. Contre tellement de choses. Julio l'autre jour me trouvait fantastique de me débrouiller dans autant de domaines. Tellement vastes. Ah ça oui. Je n'ai besoin de personne. Jamais. C'est ma plus grande fierté. Mon fer de lance. Et quand je ne sais pas, j'apprends dans la minute. Pour rajouter une corde de plus à mon arc. Qui ressemble bien plus à un couteau suisse qu'un simple canif. Mais surtout ne dépendre de personne. Tellement plus facile, plus confortable. Mon artillerie de défense dépasse toutes les armées du monde. Mais un jour il faut bien accepter de partir à la guerre.