2007. Une année de voyages plus encore que toutes les autres années. En 12 mois je ne passe "que" 2 mois chez moi. Le reste du temps en déplacements professionnels de plusieurs mois dans différents pays d'Europe, quelques missions courtes dans l'hémisphère sud, d'autres dans des pays nordiques, pas mal de tours de France.
A titre personnel, je m'envole à l'autre bout de la planète pour découvrir une de mes nouvelles attaches de famille... en Polynésie... Je pars au tout début de janvier, très malade depuis plusieurs mois de la coqueluche, cassée dans tous les sens, épuisée et à bout physiquement de 5 mois de toux... Tahiti et ses îles, un endroit idyllique aux yeux de tous et qui pourtant me fait trembler de peur avant même de la découvrir pour pas mal de raisons personnelles.
Finalement le Pacifique, les lagons, les paysages paradisiaques, les journées de plongée me guérissent très vite et je me refais une santé.
Dans cette folle année, je me décide à faire quelque chose de constructif pour "moi". A distance depuis mes pays lointains je regarde les petites annonces pour acheter un appartement. Un jour où je passe par Nantes entre deux missions, j'en visite un pour lequel j'ai un coup de cœur. Je dois décider très vite car je repars le lendemain pour plusieurs mois. Je n'ai jamais été aussi seule de ma vie. Et c'est pour ça que j'ai de toute façon entrepris ce "chantier".
Je décide de devenir propriétaire, acquérir un bien pour MOI. Quelque chose qui n'appartiendra qu'à MOI et à aucun homme de ma vie ou autre. Pour le futur.
A postériori je m’effare encore de la capacité que j'ai eue à accomplir tout cela entre deux missions à l'étranger. A la folie de ces trois jours chronométrés passés en France où j'ai du signer un prêt, des milliers de papiers et de contrats, préparer un déménagement, me démêler de rebonds de dernière minute avec le notaire et la mairie, signer, déménager, accomplir toutes les démarches administratives entre trois apparts... et repartir vers un autre pays...
28 Octobre 2007 : L'éternel recommencement
Trois gouttes de vanille. Un jus de citron vert. Du sucre de canne. J'inonde le tout d'une large coulée de rhum. Un glaçon... et je trinque. Je trinque au premier des derniers jours dans cet appartement. Je n'aurai plus de dimanche ici. Je garde encore intact mon salon. Je recule le moment où j'enfermerai tous mes objets de l'ailleurs, mon oeuf de Terre Adélie. Ma lampe de Tahiti. Ma boîte de Guadeloupe. Ma statut du Gabon. Mes calebasses de coquillages du Pacifique, de l'Indien, des Caraïbes. Mes grigris du Congo. Mes mobiles de bois flottés polis au fil des océans. Mes objets à l'image de ma vie et de mes voyages.
Au fond, j'aime déménager. Ce ne sera que le 15ème en 27 ans. Combien de maison quittées ? Combien d'intérieurs recréés ? Et puis. Déménager c'est trier les souvenirs. C'est laisser dans les murs quittés ceux dont on ne veut plus. C'est rendre encore plus précieux ceux avec lesquels ont veut encore vivre. Encore grandir. Et forcément en créer de nouveaux grâce à l'espace libéré par les souvenirs abandonnés, que l'on a laissés derrière soi.
Je repense à chacun des déménagements de ma vie. Je revois les caisses maritimes livrées dans un nouveau jardin. Un grand cube de bois renfermant notre vie. Les cartons si patiemment pensés par ma mère, si impeccablement agencés. Je repense, aux tris que l'on devait faire. Les choses que l'on reverrait "un jour", cantonnées dans un garde-meuble quelques années et les choses qui nous suivaient au bout du monde.
Au fond, j'aime réagencer ma vie. La faire rentrer dans des boîtes. L'ordonner pour faire un nouveau point. Un nouveau point de départ. Et à la fois... je n'ai connu que cela depuis ma naissance. Le recommencement éternel.
Depuis des mois, j'angoissais à l'idée que j'allais passer le cap du "plus long temps passé dans le même endroit" dans mon appartement actuel. C'était une angoisse inconsciente évidemment. Parce que bien sûr en étant en déplacement la moitié de l'année à droite à gauche, j'en étais loin. Mais quand même... j'avais l'impression de m'encroûter. L'impression que ce cycle éternel prenait un rythme de croisière bien trop pépère pour moi.
Alors à Oxygène qui s'inquiétait de me voir devenir propriétaire, de m'installer dans une vie posée et à long terme; je dis qu'au contraire, c'est encore un recommencement. Encore une nouvelle vie. La douzième. C'est un point de chute que je créé. Pour mieux repartir. Encore et encore.





















Derniers commentaires