Je sais déjà que ce billet va forcémment susciter un peu de polémique... et inversement je le commence sans trop savoir comment je vais le structurer !
Hier soir, je terminais mon puzzle de 3000 pièces (celui de mes 30 ans)... et face à mes centaines de pièces à placer j'ai toujours l'esprit qui vagabonde. En bruit de fond, j'écoutais une émission sur les blocages, les pénuries d'essence et j'en passe. Et alors qu'un usager excédé réagissait... pour dire qu'il était intolérable de penser qu'il ne puisse pas se déplacer pour partir en vacances à la fin de la semaine... j'ai compris et réalisé ce que l'expérience de vies dans des pays un peu moins "modernes" que la France m'a appris. La fatalité. Tout simplement savoir "faire avec" et trouver des systèmes D pour se débrouiller. Ce que bien trop d'européens ont oublié depuis des années. Tant tout semble acquis et d'une telle évidence dans leur quotidien !
C'est pour ça que j'ai tant aimé quand le volcan islandais a cloué au sol des milliers d'avions. Car on ne pouvait pas faire autrement !! Et pourtant l'on trouvait encore des gens capables de râler en parlant "d'ineptie", "de intolérable de nous empêcher de nous déplacer"... Pendant une période au moins, on a montré au monde que NON... il n'est pas acquis et évident de pouvoir se déplacer autour de la planète en un claquement de doigt. Que parfois... il faut aussi faire avec des aléas extérieurs. Qu'ils soient humains (dans le cas de grèves) ou naturels (en cas d'inondations, tempête, cyclone...). Et que justement, il est parfois bon aussi de se souvenir que se déplacer est une chance. Un luxe énorme. Un progrès devenu tellement évident dans les pays du nord qu'il semble vécu comme un "droit absolu" par certains. Or non.
Au Gabon, nous vivions à environ 50km de l'école. Nous empruntions la seule route goudronnée de la province. Celle qui reliait la ville du président à l'aéroport. Ailleurs... il s'agissait de pistes de latérite, la terre rouge caractéristique des pays équatoriaux. Et évidemment en saison des pluies, il arrivait fréquemment que la route soit inondée. Ou la chaussée emportée... ou quoi d'autre encore ? Coupée par des troncs d'arbres. Encombrée par des animaux... Et que faisions nous ? Eh bien nous nous adaptions. On finissait à pieds. Ou bien l'on sortait des tronçonneuses et l'on sciait les arbres pour laisser passer les voitures. Et... l'on ne cherchait pas un responsable à cette situation. On agissait simplement... car l'évidence d'aller d'un point A à un point B n'était pas acquise. Jamais. C'était un luxe, que nous, européens, pouvions nous offrir chaque matin en voiture... mais que des dizaines d'autres élèves faisaient à pied. 30 km à pied dans un sens et dans l'autre pour aller à l'école. Eh oui.
Alors que certains puissent se plaindre aujourd'hui de devoir faire quelques kilomètres en vélo ou en marchant me laisse toujours pantoise !
J'ai la même réaction quand j'entends des gens hurler au complot, à la fainéantise de certains agents ou que sais-je encore, quand un train s'arrête entre les voies pour un souci technique ou un suicidé. Pourquoi leur faut-il un responsable ?! Que veulent-ils faire ?!! Est-ce la faute du conducteur ? Des agents de circulation ? Pas vraiment... Il faut attendre. Que les voies soient dégagées... les catainers réparés. Parce que non... on ne peut pas être maître de tout tout le temps. Il faut aussi accepter l'imprévu, et savoir prendre avec philosophie tout cela sans chercher forcémment un responsable.
Tous les matins, je vais en vélo au bureau. Alors certes, j'ai l'immense privilège d'avoir montre en main 3 minutes de pédalage entre les deux lieux. (Mais je fais pareil pour les trajets plus longs de plusieurs kilomètres. Mes pieds ou mes mollets sont mes meilleurs alliés !) Et je me gargarise TOUS les matins, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige de remonter les files continues de voitures bloquées dans les embouteillages. Et je prends un malin plaisir à les narguer en essayant de leur donner envie d'abandonner leurs voitures et de faire fonctionner leurs pieds... ou de pédaler. Tous ne pourraient pas le faire peut être... mais bien les 3/4 en y mettant un tout petit peu de bonne volonté ! En terminant leurs trajets à pied. En vélo. En transport en commun. En co-voiturage. A cheval (hein Arkadia ?!) Ils économiseraient de l'essence... des abonnements en salles de sport... des heures d'énervement... et quelques années de survie à notre planète. Mais non. Ils ont, depuis bien longtemps, oublié. Que l'on peut AUSSI vivre sans voiture. Qu'avant l'on mettait 3 jours par la Nationale 7 pour rallier le sud. Et 3 semaines en bateau pour traverser l'Atlantique. Et que faire 15/20 km en vélo est totalement de l'ordre du possible ! Sans parler des déplacements en centre ville qui à 95% peuvent se faire à force de jambes !
Mon propos n'est pas de reculer et revenir plusieurs siècles en arrière. Mais simplement de profiter des aléas (actuels) pour se poser quelques questions sur nos modes de vie et de déplacements ! Et relativiser sur tout cela ! En se sentant aussi coupables. Pas seulement victimes !
Revenons-en aux blocages du moment. Il n'y a plus d'essence dans les stations ? Eh bien... on l'économise. Que cette pénurie soit du fait d'hommes bloquant les dépôts (on est d'accord ou pas avec leur action... toujours est-il que les stations sont bloquées) ou pourquoi pas, un jour pas si lointain que ça, de la disparition du pétrole sur la planète. Si l'on vivait sur une île, que le bateau était bloqué dans une
tempête et que l'on n'avait pas d'autre choix que de faire "sans". On
n'irait sûrement pas gueuler contre Eole (encore que certains en
seraient bien capables) qui fait ch...er de souffler trop fort ! On se rabat sur le vélo. Sur le covoiturage. Les baskets. On organise du travail à distance. On modifie certaines réunions de visu en visioconférence. Et on en profite pour réfléchir à ce que serait la vie "sans voiture", sans avion, sans train à grande vitesse... quel moyen on mettrait en œuvre pour changer un peu nos modes de déplacement.
Depuis 3/4 jours que les pénuries sont légion (et je suis bien contente d'avoir fait un acte citoyen en vidant 2 pompes en faisant le plein pour l'auto école ! Na !!)... je ne vois pas plus de cyclistes en ville qu'habituellement. Mais toujours plus de voitures. Et en plus de tous les narguer bloqués dans leurs embouteillages, je rêve de me mettre à un rond point et demander à chaque automobiliste combien de kilomètres ils font avec leur voiture ? Et si concrètement... faire 30/40 minutes de vélo serait complétement impossible en ce moment ?!
Je ne conteste pas... qu'évidemment, ça m'agace aussi parfois d'être bloquée des heures dans des trains en panne à cause d'un arbre tombé sur la voie... ou de ne pas pouvoir aller et venir comme bon me semble au moment précis où j'en ai envie s'il y a des grèves... Mais... je relativise. Sans chercher de responsable (si ce n'est moi même d'être dans ce transport à ce moment précis)... et je me rappelle systématiquement quel luxe et quelle chance immense l'on a aujourd'hui nous européens de trouver évident de pouvoir se déplacer aussi facilement 99,99% des fois où l'on veut aller d'un point A à un point B !

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