[ Je reprends la série après une trêve de Noël sans ordinateur et loin de mon téléphone. Je pensais avoir le temps et l'envie d'écrire... mais je me suis consacrée entièrement et uniquement à ma famille. Des retrouvailles et un retour tant attendus mais difficiles à gérer. La joie d'avoir pu passer Noël tous ensemble, loin de l'angoisse et de la peur des derniers mois. Je peux vous assurer qu'il n'y a pas plus beau cadeau ! Joyeux Noël à retardement donc :) et plus que jamais, que la paix règne un jour sur cette terre... ]



Mai, le mois du retour. Cette fois plus moyen de prolonger ou
de grappiller des jours. Il faut se résoudre, la mission ici est terminée et il
faut prendre le chemin de la maison. L’officielle du moins… puisqu’à n’en pas
douter celle de cœur est ici.
15 jours de travail à un rythme « normal »
permettent d’avoir l’impression d’être en grandes vacances. Les jours qui
rallongent aident à renforcer cette sensation... Le matin avant de travailler
plage et surf ; le soir longues ballades dans la ville où à chaque pas on sait qu’on
passe là « pour la dernière fois ». On mange dans notre petit restau
« pour la dernière fois », on s’achète une salade « pour la
dernière fois », on se voit « pour la dernière fois », on va à
la plage « pour la dernière fois ». Tout est
« dernière fois » avant le retour... On tombe peu à peu dans le caricatural... et on en rigole.
Dernières soirées de fête aussi... qui commencent
systématiquement dans notre QG. Les patrons nous offrent « la dernière
tournée » pour notre fidélité des derniers mois. On en pleure dans un dernier verre tellement on sait que rien
ne sera plus comme avant une fois chacun reparti aux quatre coins de la
planète.
Et puis un matin je réserve un billet d’avion. Contrairement
aux dizaines des derniers mois celui-ci est un aller simple. Une date. Une
heure. Le retour est désormais fixé. On prendra le même avion avec ma super-copine-collègue. Il faut au moins ça pour surmonter
le retour.
Je commence à rassembler mes affaires, mais ne me contraint
pas à les mettre dans des valises. C'est qu'on accumule des choses en 5 mois !
Arrive le dernier jour, puis la dernière soirée. D’abord un
« apéro vide placard » chez moi… avant de filer à une grande
réception avec les huiles du pays… puis passage obligé dans chacun de nos lieux
mythiques de perdition… Une nuit à l’image des mois qui s’achèvent… et qui se
termine évidemment là où tout a commencé…
Au tout petit matin, je rentre chez moi et ouvre une
dernière fois la porte de l’immeuble. Il me reste 3 heures avant l’avion. J’ai
5 mois d’affaire à boucler et cette fois plus moyen de reculer. Je remplis les
sacs, les valises avec tout ce qui me tombe sous la main… L’appartement est
vide, il n’est déjà plus à moi. Je claque la porte. Clap de fin sur la plus belle
tranche de vie de ces 5 ou 6 dernières années.
Gorge serrée dans le taxi surchargé qui nous mène à
l’aéroport… éclats de rire quand il faut négocier l’enregistrement de nos
dizaines de kilos d’excédent de bagage. L’avion décolle, mais ce soir je ne
serai pas dans celui de retour qui me ramène habituellement.
Paris, la grisaille, Orly encore plus triste
qu’habituellement, taxi, bouchons, bouchons, klaxons, TGV, en deux heures je
récupère de ma nuit blanche, Nantes, taxi que j’insulte en lui disant tout le
mépris que j’ai pour lui. Maison.
Il va falloir se réapproprier les lieux, il va
falloir faire revivre mon petit cocon. J’ouvre mes valises et rigole toute seule. Je me revois quelques
heures plus tôt entrain de fourrer mes affaires à la va-vite. Je repense déjà
avec nostalgie à cette vie déglinguée des derniers mois, mes amitiés si fortes, mes amours... Ce pays où j'aurai mis bout à bout j'aurai vécu 3 ans au cours de ces 5 dernières années. Et cette mission évidemment si passionnante et si riche.
Dès le lendemain matin je reprends le chemin du bureau. Pas
de transition. C’est mieux ainsi. Même si la pilule est dure à avaler et que je
tire une gueule de 12 km de long en retrouvant mes collègues. Tout est si fade
ici, dans cette ville. Mais je me promets de ne pas leur faire payer mon désarroi à être de retour, je fais les efforts pour en
tout cas. Et pour m’approprier enfin cette ville où je n’ai jamais vraiment eu
de plaisir à vivre. j'en fait mon objectif pour l'année 2011. Aimer et vivre dans ma ville.
Et puis c’est le printemps, il fait beau, une belle réunion
de famille nous réunit tous. Je reçois de belles visites chez moi. Je me
réapproprie mon appart, je range mes valises, je jardine pour redonner une
forme humaine à mes plantations abandonnées, je fais des projets… Les derniers
mois ont été si forts et si intenses… il faut que je continue à surfer sur la
même vague…


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