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An tan lontan... belle enfance !

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jeudi, 18 avril 2013

[10 ans de blog - 2008] : L'éphémère

Facile cette année 2008 ! A la toute première page des archives j'avais trouvé le billet que j'allais republier. Les douze mois qui suivent m'ont confirmé mon choix.

Si vous saviez comme ces mots correspondent à mes réflexions et introspections du moment. D'ailleurs je ne me souvenais absolument pas avoir écrit sur ce thème. Et je m'étonne en me relisant d'être l'auteur d'un texte aussi "profond".

Mais trêve de blabla car le billet est très long ! Et votre avis sur le sujet m'intéresse (pour alimenter ma réflexion du moment !)

30 janvier 2008 : L'éphémère


Quel jour prend-on conscience du temps qui passe et du côté éphémère des choses ? Qu'il faut profiter de chaque instant et de chaque situation de la vie.Qu’il faut se construire des souvenirs ?
Au fond, quel jour sait-on que demain ne sera plus jamais comme hier ?

Je me pose souvent la question... car je reste persuadée que ce n'est pas une notion innée. C'est un des premiers signes du passage à l'âge adulte selon moi. A force de réflexion, j'ai réussi à dater cette prise de conscience de manière relativement précise. C'était lors de mon retour en Guadeloupe en 99, le jour de mes 19 ans. J'ai toujours quitté des lieux. Toute ma vie a été une succession de nouvelles maisons, de nouveaux pays, de nouvelles villes, de nouvelles écoles, de nouveaux amis. Une succession de ruptures au fond. Mais jamais au cours de ces déménagements je n'avais pris conscience qu'il s'agissait d'une fin en soit. Non. Je ne réfléchissais jamais à ce que je quittais. Je ne le savais de toute façon pas, puisque j'ignorais ce que j'allais trouver ou non dans ma "nouvelle" vie. La seule chose qui m'importait été le côté "nouveau" des choses. Quelle nouvelle maison allait nous accueillir, comment allait être la nouvelle école, comment seraient mes nouveaux copains... Ce que je laissais sur place ne m'effleurait même pas l'esprit.
La question qui revenait à chaque rentrée lorsque je devais expliquer à la classe d'où je venais, pourquoi j'étais nouvelle, pourquoi je voyageais, été inexorablement "mais, ce n'est pas trop dur de toujours quitter tes amis ?". Sincèrement non. Sincèrement ça ne l'était pas (en tout cas jusqu'au Gabon, année de mes 16 ans, où j'ai vécu le retour en France comme un vrai traumatisme). Je n'étais attachée à personne. Je savais que j'allais trouver de nouveaux amis dans ma nouvelle ville... alors... "trop dur" sûrement pas, au risque de froisser ceux, qui à travers cette question s'inquiétait de la relation que j'allais peut être construire avec eux.

La Guadeloupe a été le premier et unique endroit où je suis "revenue". J'y ai vécu une partie de mon enfance. J'en suis partie quelques années. Puis j'y suis revenue par les hasards (provoqués) de la vie. Nous avons repris une nouvelle maison, non loin de l'ancienne. Nous avons retrouvé des amis, des endroits déjà connus, des habitudes que l'on a reprises... J'avais des repères. Pour la première fois de ma vie, je rencontrais une sorte de stabilité.

Et c'est le jour où je suis revenue en Guadeloupe, que j'ai su, ce qu'enfant j'avais perdu. Je prenais pour la première fois de ma vie conscience de ce que j'avais laissé à jamais derrière moi. Pour la première fois en 20 ans je repassais dans des endroits où j'avais grandi, où j'avais couru, où j'avais grimpé aux arbres. Je comprenais alors ce qu'en quittant la Guadeloupe j'avais perdu. J'avais désormais la possibilité de comparer l'avant et l'après.
Je crois que c'est ce jour là où je suis rentrée dans l'âge adulte. Car pour la première fois de ma vie je retrouvais certains repères. Je possédais des éléments de comparaison. Je revoyais la marre dans laquelle je pêchais du haut de mes 9 ans... mais qui dix ans après était asséchée. Je revoyais le manguier déraciné par le cyclone et promis à une mort certaine... mais qui dix ans après avait repris du feuillage et refaisait des mangues.

Je suis entrain de mettre noir sur blanc des notions qu'il m'est encore difficile d'analyser plus profondément. Au fil des mots j'ai l'impression de construire une réflexion... Le mot "ruptures" qui m'est naturellement venu pour qualifier mon enfance ne m'avait pourtant jamais traversé l'esprit. J'entrevois à présent une explication à toutes celles que j'ai refusées. Les vraies.

Depuis ce jour de 99... je sais qu'il faut que je garde en moi chaque instant comme un futur souvenir. Car je sais désormais que ce que l'on quitte ne sera plus jamais comme avant. Je ne le dis sans aucune nostalgie ou regret, je le dis avec ce que j'appellerai une sorte de "maturité" (pour ne pas dire "vieillesse"... à 27 ans, c'est loin d'être le cas !). Je ne pense pas vivre dans la nostalgie contrairement à ce qu'une personne a longtemps voulu me faire croire.

Je crois seulement qu’un jour on prend conscience de l’avant et de l’après. Je m’accroche peut être plus que d'autres au présent à force de l’avoir quitté.
Et tout à l’heure, à la nuit tombante, à l’angle de cette rue, sur cette petite place si mignonne, je me le suis encore dit. Profite… profite jusqu’à plus soif. Enivre toi du présent. Jouis en. Encore et encore.


La dernière fois où je me suis dit "cet instant va devenir un grand souvenir de ta vie"... Moorea - 2007

lundi, 8 octobre 2012

Les cercles invisibles

Une île. Pour s'échapper, prendre l'air, les embruns. Se retrouver.

Et puis finalement décider de prendre la direction d'une autre. Sur un coup de tête partir à l'opposé... parce que changement d'idée, d'envie... tout simplement. Et que c'est aussi et avant tout ça la magie des amis. D'avoir toujours un point de chute quelque part, même dans les endroits les plus improbables, même en dernière minute.

La course folle sur le ponton pour attraper le bateau qui n'attend plus que nous. Comme des enfants qui courent très vite avec les sacs qui s'agitent dans tous les sens. On rigole de cette folie de l'instant. Tout l'équipage nous salue, embrasse, papote, prend des nouvelles. Je ne suis qu'une pièce rapportée, mais je fais aussi partie de cette grande famille de ceux qui courront toujours après les bateaux. Et se pouvait-il être autrement ?

On monte sur le pont supérieur et je m'emplis immédiatement de cette sensation d'évasion. De retrouver celle que je suis profondément. Au plus intérieur de moi. Une îlienne. Parce que l'île est forcémment symbole de fuite ou de retour. Mon histoire. Qui fait de moi celle que je suis aujourd'hui.

Si vous aviez pu sonder mon cœur au moment où la sirène du bateau a annoncé le départ du quai. Il n'était que joie, qu'émotion dingue, qu'évidence, de bonheur profond. Que j'appartiens à ce monde-là. De ceux toujours en partance, en transfert, entre deux terres, deux histoires, deux univers. Qui n'ont pas besoin de justifier où ils vont, qui ils sont, d'où ils viennent, mais qu'un fil invisible relie entre eux. Qui sont un peu d'ici par mimétisme même s'ils n'y ont jamais mis les pieds, parce que leur cœur appartient à ces histoires. 

Et c'est parce qu'on appartient à ce monde là depuis toujours... qu'on y retrouve d'autres gens de la même trempe. Par ricochets. Des cercles que rien ne permet à priori d'associer et pourtant... si. On se raconte nos histoires qui de loin en loin se coupent, se recoupent, se chevauchent, se répondent. Des connaissances communes par le plus grand des hasards de la vie. De gens de tous âges connus à des milliers de kilomètres de là des siècles plus tôt... mais que le fil invisible transforme en une connaissance commune.

Combien pendant ces deux jours sont venus agrémenter les discussions ? De milieux, d'histoires, de vies différentes... Des noms qui ont marqué mon enfance, des livres que j'ai pu lire d'eux, des peintures qui m'ont fascinées. Ces héros qui m'ont forgée et que l'on découvre de mots en mots comme étant des proches de ceux qui ont ouvert leur cercle... Et dont j'ai le luxe de regarder une photo, un bouquin posé là, un objet abandonné lors d'un passage récent. Dont on intègre la vie quelques instants...

C'est tout ça la magie des îles et des gens qui les font. Et j'ai fierté de me dire que j'appartiens à ce monde-là... et qu'il me faut perpétuer cette grande histoire. Même si trop souvent je ne me sens pas à la hauteur de la richesse de cet héritage.

ile_partance.jpg

dimanche, 10 octobre 2010

A la hauteur

Tout à l'heure j'écoutais une excellente émission sur les reporters de guerre. C'était au départ mon métier prédestiné, la carrière dans laquelle je voulais me lancer... et puis la vie en a -pour l'instant- décidé autrement. Sûrement pour cela que l'émission m'a tant parlé. Mais pas seulement. Quelques reporters de guerre racontaient le retour, auprès de leurs familles. Qui doivent reprendre une vie normale après avoir vécu l'horreur et la guerre au plus près. Tout en épargnant l'entourage mais en ne s'enfermant pas dans le silence et le post-traumatisme. Un savant dosage où l'on raconte par bribes... tout de suite ou des années plus tard.

Et je réalise ô combien, depuis peu de temps, tout cela ressort chez moi. Ces récits qui n'en disaient pas trop... mais qui laissaient entendre l'indicible. Ces images violentes associées à plusieurs périodes de mon enfance. Et les bruits. De balles, de roquettes dans les cassettes que nous recevions au hasard des distributions de courrier... J'entends les questions que nous posions. Je revois ces images à la télé, aux infos. Qui n'étaient, pour nous, pas dans un pays lointain, sans lien. Mais une petite part de notre histoire familiale.

Avant hier je discutais de tout autre chose. Du côté "naturel" à une période de ma vie, d'aller voir les éléphants le week end. Ou de tomber nez à nez avec des chimpanzés au détour d'une promenade en forêt. Et de la difficulté d'en parler aujourd'hui. Tant je cache ces souvenirs. Qui pourraient paraître ostentatoires.

La semaine dernière, nous échangions, en famille, sur le prix Nobel de littérature de Vargas Llosa. Là-aussi associé à certains souvenirs de l'enfance. Et dont la candidature à la présidentielle remplit des albums de photos de famille.

Et des exemples pareils... il y en a tant et tant qui jalonnent ma vie. Et alors je réalise combien nous avons eu une enfance sacrément chargée et riche. Riche de ces voyages. Riche de ces récits. Riche de ces expériences. Riche de ces rencontres. Riche de tout ce que cette vie nous a permis de vivre.

Et par moment, comme ces jours-ci, j'ai l'impression de ne plus être à la hauteur de cette exceptionnelle richesse qui m'a constituée depuis mes premiers jours de vie.

Tout à l'heure j'écoutais une excellente émission sur les reporters de guerre. C'était au départ mon métier prédestiné, la carrière dans laquelle je voulais me lancer... et puis la vie en a -pour l'instant- décidé autrement. Sûrement pour cela que l'émission m'a tant parlé. Mais pas seulement. Quelques reporters de guerre racontaient le retour, auprès de leurs familles. Qui doivent reprendre une vie normale après avoir vécu l'horreur et la guerre au plus près. Tout en épargnant l'entourage mais en ne s'enfermant pas dans le silence et le post-traumatisme. Un savant dosage où l'on raconte par bribes... tout de suite ou des années plus tard.
Et je réalise ô combien, depuis peu de temps, tout cela ressort chez moi. Ces récits qui n'en disaient pas trop... mais qui laissaient entendre l'indicible. Ces images violentes associées à plusieurs périodes de mon enfance. Et les bruits. De balles, de roquettes dans les cassettes que nous recevions au hasard des distributions de courrier... J'entends les questions que nous posions. Je revois ces images à la télé, aux infos. Qui n'étaient, pour nous, pas dans un pays lointain, sans lien. Mais une petite part de notre histoire familiale.
Avant hier je discutais de tout autre chose. Du côté "naturel" à une période de ma vie, d'aller voir les éléphants le week end. Ou de tomber nez à nez avec des chimpanzés au détour d'une promenade en forêt. Et de la difficulté d'en parler aujourd'hui. Tant je cache ces souvenirs. Qui pourraient paraître ostentatoires.
La semaine dernière, nous échangions, en famille, sur le prix Nobel de littérature de Vargas Llosa. Là-aussi associé à certains souvenirs de l'enfance. Et dont la candidature à la présidentielle remplit des albums de photos de famille.
Et je me dis que j'ai quand même eu une enfance sacrément chargée et riche. Riche de ces voyages. Riche de ces récits. Riche de tout ce que cette vie nous a permis de vivre.
Et par moment... j'ai l'impression de ne plus être à la hauteur de cette exceptionnelle richesse qui m'a constituée depuis mes premiers jours de vie.

Mexique - Au tout petit matin

samedi, 19 décembre 2009

Entre mer et lagune... entre forêt et souvenirs insondables

Je suis sortie tôt faire mes courses. Il faut dire que le dernier week end avant Noël annonce la foule des grands jours dans mon quartier... et dans le genre "mode sauvage" dans ces périodes, je fais pas mal !

Un paquet à envoyer à la Poste, des chaussures à acheter, un tour chez le Chinois du coin pour m'acheter de bons fruits : je ressors avec deux maracudjas et une boîte de lapsang Souchon en sachets tant qu'à être là. Magasins de jouets : un cadeau pour mon ti'moun (le p'tit gars qui arrose l'oursin dans le bandeau du haut) et qui arrive demain. La ville et les rues sont encore bien calmes... j'en profite donc pour faire un tour à la librairie, et me farcir la corvée de courses de nourriture pour finir la matinée.

Petit repas dont je reparlerai car j'ai innové un truc très rigolo dont j'ai fait des photos. Puis j'allume par le plus grand des hasards la télé. Je tombe sur le début d'un reportage sur une expédition scientifique au Gabon. Ca m'énerve car ils ne donnent pas le nom exact de la région (grrrrr), mais très vite je reconnais. Et pour cause ! C'est l'endroit exact où il y a plus de 15 ans je rencontrai Marloute... Vague d'émotions. J'hésite à regarder car je sais que ça va réveiller en moi de vieux souvenirs tellement bons et tellement heureux qu'ils me plongeront irrévocablement dans la nostalgie de ces si merveilleux moments.

Et puis, il faut bien affronter ma nostalgie latente de cette enfance si particulière, et pour laquelle j'ai bien du mal à accepter que plus jamais je n'aurai la chance de vivre si grandes aventures. Alors je m'installe confortablement avec une grosse couverture dans le canapé. Je me marre à plusieurs reprises en entendant les commentaires de la scientifique anglaise. Et, ce que je vais raconter ne manquera pas de faire éclater de rire Marloute.

"La lagune est infestée de crocodiles... hors de question de s'y baigner". Hmmmm... nous y avons pris nos bains quotidiens pendant deux mois pour nous laver après les journées d'exploration !

"Se promener seul sans guide dans la forêt est très dangereux. Des éléphants pourraient arriver"... huhuhuhu !! Et dire que nous partions toutes les deux le matin, pour aller écouter les singes... ou à la recherche des éléphants.

"Dormir au sol serait suicidaire, tant les insectes veillent. Dans cette régions ils sont souvent mortels. L'équipe est obligée de construire une cabane dans les arbres pour poser ses tentes". Je repense avec émotion à notre campement au sol entre mer et lagune. Je ressors mes vieilles photos pour la peine. Je retrouve notre tente "igloo" qui servait à la fois de chambre, de lieu de rendez-vous nocturnes pour de longues nuits de confidences, de crèche pour les bébés crocodiles... 

Les singes, les éléphants, les panthères, les hippopotames, les gorilles, les serpents... Ce sont les mêmes que nous observions il y a 15 ans, et que je vois désormais dans un très épuré et très beau reportage animalier. C'était notre quotidien, notre bonheur à nous, notre rencontre avec la forêt la plus préservée au monde. Celle qui renferme le plus d'espèces protégées. Une chance exceptionnelle et une expérience inoubliable quand on a même pas 15 ans.

Je replonge dans mes souvenirs intacts. La chasse aux crocodiles la nuit. Les captures d'oiseaux. La forêt "impénétrable" (disent-ils) où nous parcourions des kilomètres machette en main à la recherche des éléphants ou des grands primates. Les campements improvisés. Les repas au feu de bois. La vaisselle sur la plage.

Le générique confirme qu'il s'agit pile poil de là où nous avons passé ces deux mois de vie. Relire ce nom de village, me donne presque les larmes aux yeux... Mais un jour j'y retournerai, et je me baignerai à nouveau dans la lagune. Je me roulerai dans les souilles à éléphant dans la boue molle. Et on passera des heures à observer les singes dans les arbres, à écouter les éléphants au loin et à débusquer les panthères en pirogue. Hein Marloute ?

J'ai déjà fait quelques billets sur cet été magique, si vous voulez en apprendre plus, allez les lire :

Extraits en vrac de mon carnet de voyage pendant les deux mois en pleine forêt

Une escapade matinale avec Marloute qui aurait pu mal se terminer (ou pas !)

La "chasse" au crocodile de nuit

jeudi, 29 octobre 2009

Il y a 20 ans...

Il y a 20 ans... pour moi ce n'était pas la chute du mur de Berlin. Je n'en garde d'ailleurs strictement aucun souvenir pour être très honnête. Toute ma scolarité j'en ai eu un peu honte... car tous les élèves de mon âge avaient systématiquement un souvenir précis de cet évènement. Racontaient l'importance de ce jour dans leur vie, comme un avant et un après. Je ne l'ai jamais dit à personne. Mais la chute du Mur de Berlin... ne signifie strictement rien dans ma propre histoire personnelle. Moi pourtant si proche de l'actualité et des journaux depuis ma plus tendre enfance. Cet évènement là... je ne l'ai pas "vécu".

Simplement car quelques jours avant la chute du mur, c'est une nouvelle vie qui allait commencer pour toute ma famille. Le premier départ outre-Atlantique en catastrophe et au pied levé vers la Guadeloupe qui venait d'être dévasté par le plus terrible des cyclones de son histoire, Hugo. Il fallait reconstruire. Il fallait remplacer certains morts surtout. Alors du jour au lendemain nous avons quitté la banlieue proprette et chicos de Bordeaux où nous étions arrivés quelques mois plus tôt... direction un papillon bizarre ayant une aile dans la Mer des Caraïbes l'autre dans l'Atlantique. Mes parents ne savaient pas bien où ils nous amenaient et dans quelle galère ils nous embarquaient... Nous, à 9,7 et 5 ans, nous avions déjà l'habitude de changer de maisons, d'écoles et de villes fréquemment... alors pour une fois que c'était en prenant l'avion... nous avions tout de suite trouvé l'idée géniale.

Je me souviens très nettement qu'après l'annonce du (très) prochain départ, nous avions acheté une carte de l'île. Nous l'étalions dans le salon tous les 5 agenouillés autour... et nous passions des heures à nous y projeter. A imaginer où nous allions chercher une maison. A essayer de ramener les distances à nos notions d'enfants. Mais avec mon frère et ma sœur, nous étions unanimes face aux craintes de nos parents de nous traîner au bout du monde : un endroit où il y a des villes qui portent le nom de "Caraque" et de "Bouliqui" (deux noms qui provoquaient des grands fous rires quand on les trouvait sur la carte) et où la terre la plus haute s'appelle Basse-Terre... et la plus petite Grande Terre... ne pouvait être qu'un super endroit ! Comme quoi, les critères d'enfants sont bien lointains des angoisses d'adultes !

Le 29 octobre 1989, un peu plus d'un mois après le cyclone...  et moins de trois semaines après avoir appris que nous devions partir...le grand jour était arrivé. La maison de Bordeaux vidée, rendue. Le déménagement fait. La caisse maritime envoyée. Le garde-meuble rempli. L'école quittée. Les copains salués. La famille embrassée. A l'aéroport de Toulouse Blagnac (il y avait des vols directs à l'époque), nous nous sommes envolés (avec une vingtaine de valises dans la soute) en direction de la Guadeloupe. Mon père y était arrivé quelques jours plus tôt pour nous trouver une maison (pas bien loin de Caraque... par le plus grand des hasards !) et accessoirement une école.

Je me souviens très clairement de la soirée d'accueil en notre honneur à la sortie d'avion, après huit heures de vol et quasi autant de décalage horaire. Nous étions au radar le plus total. Mais je revois minute par minute l'endroit où l'on a été accueillis. C'était heure pour heure pendant que j'écris ce billet (pfiouu j'en ai les larmes aux yeux). Je me souviens quand bien plus tard dans la nuit, nous avons sillonné les routes cabossées dans la 4L qui devenait ainsi la nouvelle voiture familiale. Et quand au fond d'un morne, nous avons vu apparaître une grande maison blanche dans la noirceur de la nuit. C'était notre nouveau foyer à nous et quand on est enfants il n'y a bien que cela qui compte. Avoir une chambre et un lit pour dormir tant que papa et maman sont là... frérot et soeurette... les doudous... le reste importe peu ! (et c'est bien ce que je ne cesse de répéter aux gens qui se tortillent l'esprit et qui hésitent à voyager avec leurs enfants de peur de les traumatiser !! Mais c'est une autre histoire !).

Je me souviens du premier choc quand nous sommes entrés dans ce qui allait être la chambre "des filles". Malgré les ampoules jaunes (pour éloigner les insectes), des milliards de fourmis ailées avait envahi l'espace (annonciateur de pluie). Forcément... ça met vite dans le bain de l'ambiance tropicale ! Le petit voisin, qui avait mon âge et fils des propriétaires est venu nous souhaiter la bienvenue. Sa petite sœur était née quelques heures plus tôt. Le jour-même de notre arrivée. Là encore certains signes ne pouvaient pas tromper.

C'est au petit jour que nous avons réalisé où nous étions vraiment et avons compris la force de Hugo. Plus un arbre n'était debout. Les troncs étaient transformés en grandes tiges broyées. Les cases autour n'avaient plus de toits. Le morne était parsemé de tôles froissées, de gravas en tout genre, des paysages dévastés à perte de vue. Ce que l'on voyait depuis des jours en boucle à la télé en France était devenu notre lieu de vie. Nous avons découvert l'école quelques heures plus tard. Dans ma classe, ne persistaient que 4 piliers et un pan de mur. Cela changeait quelque peu de l'école proprette de la banlieue bordelaise en pointe sur la technologie et le confort des élèves. Pendant plusieurs mois nous avons fait cours avec les poules au milieu des bureaux. Quand il pleuvait trop... le cours s'arrêtait et nous nous réfugions dans un corps de bâtiment où le toit avait été préservé.

De l'autre côté de l'Atlantique, un mur était entrain de tomber... la seule chose qui importait en Guadeloupe c'était de rebâtir ceux qui avaient été emportés par le cyclone.

Il y a 20 ans ce soir... les plus belles et heureuses années de ma vie allaient commencer. Et j'en ai les larmes aux yeux d'y repenser. Parce que oui... j'ai une sacrée nostalgie de cette époque.

jeudi, 8 octobre 2009

Histoire de profs... et de pâtes

Je crois que c'est au lycée que j'ai eu les profs qui m'ont le plus marquée.

Un jour Aujourd'hui en fait, je vous parlerai d'un couple que je rêverai un jour de recontacter. J'ai fait quelques recherches sur internet, mais impossible de les relocaliser dans le monde. Mon prof de math et celle de français au fin fond du Gabon. Deux vieux routards des lycées africains. Ces deux-là on clairement eu une influence déterminante dans ma vie.

Grâce à elle, qui portait un nom morbide à souhait, j'ai eu le déclic de l'orthographe. C'était en 3ème. Le jour où elle s'est penchée sur ma copie en me criant "Mademoiselle, un collier de perle, à votre avis, il est fait d'une seule perle ?"... Je crois que s'il fallait m'illustrer à cet instant, une poule devant un couteau serait une bonne image. J'avais cogité l'air végétatif, essayant de trouver quelle faute j'avais bien pu faire. Et l'évidence m'était apparue un peu comme la vierge à Bernadette dans la grotte de Lourdes. Mais bien sûr !! Un collier... forcémment il y a plusieurs perles ! J'avais vite corrigé ma copie "un collier de perles". A partir de ce jour, je suis passée de 4 de moyenne en orthographe à 18. Simplement car j'ai eu le déclic. J'avais beau lire du matin au soir depuis le CP... avoir dévoré Camus dès la 6ème... avoir 18 en rédaction... l'orthographe n'était clairement pas mon fort. Jusqu'à ce jour. Le jour du déclic je l'appellerai. (et interdiction absolue de souligner les éventuelles fautes que je peux faire dans ce billet ;) ;) )

Lui, portait le nom d'un gâteau. Quand nous sommes arrivés au Gabon, la première chose que m'avait racontée une fille croisée à l'aéroport concernait ce prof. "Je te jure... si par hasard tu as ce prof, rentre tout de suite en France. Il est horrible, méchant. Il est sévère. C'est un monstre". Bien entendu dans un collège si petit, j'avais une chance sur deux. J'étais évidemment tombée sur lui. Je crois que de ma vie étudiante je n'ai jamais eu meilleur prof. Prof aussi sévère et intransigeant certes. Mais celui qui m'a fait découvrir les mathématiques dans leur plus bel art. Ses méthodes drastiques ont fait de toute la classe des cracks en maths, la moyenne de la classe au Brevet des Collèges Gabonais était au delà du 15. Nous étions en 3ème et nous avions pourtant 10h de math par semaine. Plus encore qu'en Terminale option Math. Mais au fin fond de la cambrousse africaine, ce sont les matières "nobles" qui sont enseignées en priorité et à profusion (je ne vous raconte pas comme j'étais douée en rentrant en France... même si je me suis bien effondrée ensuite en faisant un blocage en Terminale S... mais c'est une autre histoire !). Alors chaque heure de libre dans la semaine était immédiatement comblée par une heure de math. Mr Gâteau donc. Qui nous faisait refaire les devoirs jusqu'à ce qu'il n'y ai plus une seule mini virgule fausse ou une accolade mal dessinée. Je vous assure que cela développe une perfection infinie quand au bout de la 35ème version du même devoir, on a enfin le droit d'évoluer vers le suivant !! Qui à chaque début de cours nous imposait 5 minutes de calcul mental sur ardoise. Qui m'a fait découvrir l'informatique et le langage DOS en me faisant coder de longues pages (les tous débuts de ma geek-attitude). Qui était capable de jeter des craies à travers la classe quand un calcul était faux. Ce Mr Gâteau qui a su développer à l'extrême mon esprit de synthèse et de déduction.

Ces deux profs, le jour où ils ont quitté le lycée, je les ai pleurés je me souviens. Aujourd'hui je ne sais pas s'ils sont encore vivants ou s'ils enseignent encore... mais un jour j'aimerai leur envoyer un courrier pour les remercier de m'avoir guidée vers celle que je suis devenue aujourd'hui.

Ce billet ce devait être une mini anecdote, sur un prof en particulier... finalement j'ai développé bien plus que je ne l'imaginais !

Ce que je voulais vous raconter aujourd'hui c'est un souvenir de mon prof d'histoire géo de Terminale. Qui m'est revenu ce midi en mangeant une salade de pâtes. A vrai dire, en ce moment, c'est pâtes midi et soir. Soir car au milieu de la nuit c'est bien ce qu'il y a de plus rapide à cuisiner quand je rentre chez moi... et le midi, car je ne résiste jamais à la salade de pâtes du traiteur du coin avec les tomates séchées, les pignons, l'huile d'olive... Et c'est surtout ce qu'il y a de plus énergique pour tenir la forme... Je me suis donc souvenue du conseil de mon prof d'histoire géo, amie intime d'Elisabeth Guigou. A l'époque elle était ministre de la Justice et mon prof la voyait très souvent le week end quand elle descendait en Provence. Le lundi matin il nous racontait souvent quelques anecdotes à ce sujet... et il ne manquait jamais de nous rappeler : "Je vais vous donner un conseil pour réussir votre bac. Le même conseil que je donne à Elisabeth chaque fois. Vous l'avez vue hier en conseil des ministres ! Comme elle était palote ! C'est parce qu'elle ne m'a pas écouté. Pourtant je lui dis tous les matins à Elisabeth ! Il faut manger des pâtes ! Mange des pâtes Elisabeth ! Alors quand elle vient à la maison je lui en fais... et elle reprend tout de suite du poil de la bête !"

Ca m'a fait rigoler de repenser à ce conseil. Les sucres lents... il n'y a que ça de vrai en ce moment :) Il avait bien raison ce cher bonhomme !

vendredi, 26 juin 2009

MJ's gone

Comme tous les soirs, je m'endors avec mon radio-réveil en mode "sommeil"... 15 minutes pour me transporter dans le monde des rêves. Il m'en faut moins de la moitié pour sombrer généralement. Mais pas hier soir. Aux infos de minuit... ouverture du journal sur l'arrêt cardiaque de Mickaël Jackson. Il serait mort. Outtchhh... Le genre d'info qui vous remet de suite d'aplomb et vous sort assez vite de la phase de pré-sommeil.

J'envoie un texto tout de suite à mon frère et ma soeur... parce que MJ... soyons clairs tout de suite, je n'étais pas une fan-addict. Je n'étais pas une groupie. C'est juste un pan des souvenirs de mon adolescence associés à lui qui s'éteint. C'était l'époque du Gabon. C'est là-bas que j'ai découvert sa musique et surtout ses paroles.

Pendant des mois j'ai reçu des petits mots doux pendant les cours. Des petits papiers qui passaient du fond de la classe au premier rang (en bonne élève que j'étais)... des papiers que l'on s'échangeait dans la cours de récré, des petits mots interceptés de temps en temps par les profs qui voyaient bien clair dans notre jeu amoureux. Et sur ces petits bouts de cahiers griffonnés... de longues tirades dégoulinantes de poésie que je tentais avec mon anglais pourri de l'époque de décrypter. Ça parlait de solitude... ça parlait d'amour non-dit... ça cachait des messages secrets... Ne connaissant absolument pas les chansons de Mickaël, j'ai cru pendant des mois à l'immense lyrisme de mon amoureux. Mystery Boy signait-il. Et à 14 ans ce sont des mots qui retournent les cœurs et font battre la chamade.

Tous ces petits papiers je les ai gardés bien précieusement dans des boîtes plus précieuses que tout ce que je peux avoir. Ce matin je n'ai pas eu le temps de les ouvrir... mais ce soir je vais replonger dans cet amour jamais consommé avec, je le sais déjà, ce petit sourire de nostalgie et de souvenirs du "bon vieux temps" comme on aime en parler 15 ans plus tard !

Et pui MJ... ce sont les soirées avec les SDF dont faisait partie évidemment mon mystérieux amoureux. Je vous invite à aller relire le billet pour comprendre. Dans le fin fond de notre brousse, MJ animait nos longues nuits blanches... On devait avoir deux K7... peut être trois... alors imaginez bien la répétition en boucle des morceaux. A défaut de toute autre ouverture sur le monde "moderne" (eh oui internet n'existait pas encore, nous n'avions pas la télé et la radio débitait du Soukouss et du Ndambolo du matin au soir), j'ai commencé à apprécier sa musique. Pour tout le bonheur de nos soirées. Un peu rouleau compresseur comme méthode, mais au bout de 30 répétitions de la même chanson... forcémment on commence à connaitre l'air par cœur, les intonations... et surtout j'ai retrouvé assez vite les paroles que je me démenais à traduire !

MJ c'était l'icône inaccessible au fin fond de notre Afrique. Pourtant, il y était venu un jour dans notre brousse Mickaël Jackson ! Imaginez... tout là-bas, à la frontière du Congo, la star absolue venue donner un concert dans les années 80. Dans ce coin où les routes goudronnées étaient bien rares, l'électricité réservée à quelques uns... L'une de nous avait assisté au concert et avait d'ailleurs quelques photos avec lui (tu y étais pas manu ?). On regardait l'album souvent et nous rêvions du jour ou peut être on irait voir un concert de lui...

Dans notre groupe des SDF, il y avait deux fans absolus et invétérés de MJ... qui dansaient toute la nuit le moon walk, qui essayaient de nous apprendre les pas, les gestes, les paroles, les morceaux... On recevait les magazines avec 2 ou 3 mois de retard par rapport à leur parution, mais la moindre info rendait complètement dingue nos deux groupies. Parfois, on récupérait des VHS avec des clips de lui enregistrés. C'était parti pour une diffusion en boucle pendant les 3 soirées qui suivaient. MJ on en bouffait jusqu'à plus faim. MJ souvent on essayait de cacher les K7 tellement on n'en pouvait plus... MJ c'était les yeux dans le vague en regardant la lune qui se levait au loin. (elle est belle la lune hein... ça c'est juste la private joke pour ma gabonaise-canadienne de SDF). MJ c'était le cache-cache amoureux avec Mystery Boy.

Un peu pour tout ça, quand même, ça me fait toute chose que MJ soit mort !

lundi, 8 juin 2009

Le Vieux Bongo s'est éteint

La semaine dernière, quand j'ai appris qu'Omar Bongo était hospitalisé à Barcelone dans un état visiblement critique... j'ai un souvenir qui m'est immédiatement remonté à la mémoire. A cette époque je vis au Gabon... Nous sommes exactement le 8 janvier 1996 et il est aux alentours de 14h45. Les cours reprennent à 15h comme tous les jours... Nous venons de manger au self qui nous fait office de cantine, nous baigner deux heures dans la piscine du self, au sein de la mine qui nous accueille. Nous marchons vers le lycée, tous habillés de bleu et blanc comme le veut l'uniforme de rigueur. A la jonction entre la route du self et la rue du lycée, juste sous le grand manguier, je vois un camarade de classe qui se dirige vers moi et me tend la main. "Toutes mes condoléances", il fait de même avec les 3 autres "blancs" du groupe. Il nous apprend à cette occasion la mort du président français. François Miterrand vient de s'éteindre... Quand j'entre en cours, l'ensemble des élèves vient me saluer. Je suis la seule "blanche" de la classe... et chacun à sa façon m'apporte un signe d'affection.

Je suis un peu déstabilisée d'entendre tant de condoléances... n'étant au fond pas directement touchée par le deuil qui affecte la famille Miterrand. Mais effectivement, je suis dans cette classe la seule représentante française. Et je comprends ce jour-là, le profond respect d'un peuple pour son président, sentiment complètement inexistant en France. Car ici celui qu'on appelle Papa Bongo est là depuis près de 30 ans. Nous vivons en plus dans sa région d'origine, non loin de la ville qui porte son nom... Le Vieux arrose suffisamment bien toutes les communautés du coin pour ne pas connaître de franche opposition locale. Et de toute façon, à quoi bon ?

Alors hier soir, quand j'ai entendu la mort d'Omar Bongo, j'ai tout de suite pensé à tous mes camarades de classe de l'époque et à cet épisode.

Je ne souhaite pas par ce billet entrer dans la moindre polémique autour du personnage d'Omar Bongo... aujourd'hui je n'ai qu'un constat. Le pays va entrer en phase de transition. Et je n'espère qu'une chose... que cette transition se fasse dans la douceur et pour le meilleur. Que le peuple gabonais y trouve dans son ensemble la stabilité.

Parce que là-dessus, personne ne pourra lui ôter ce constat. Bongo a fait vivre son pays depuis plus de 40 ans dans la paix, chose bien trop rare en Afrique ...et je souhaite au plus profond de moi qu'il n'emporte pas cela dans sa tombe.

[Edit:] Le Gabon vient d'annoncer officiellement la mort de son président. J'écoute Africa N°1, la radio nationale, et pour l'instant pas un mot sur cette annonce. Aux titres de 15h (18h France), la Guinée Conakry en ouverture du journal. En troisième titre enfin "le président Omar Odimba est bien vivant et en bonne santé".

Vous pouvez écouter la très bonne émission de l'Afrique Enchantée d'il y a deux semaines consacrée au Bongoland : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/afriqueenchantee/index.php?id=79393 et quelques chansons mémorables.

Voici l'annonce officielle à l'instant sur Africa n°1 (à 18h - heure Libreville / 19h France)

jeudi, 16 avril 2009

Le tri du riz

Ce matin, alors que je comptais des punaises... Ne demandez ni pourquoi ni l'utilité d'une telle tâche... toujours est-il que j'étais entrain de faire des jolis petits paquets de 10 punaises... et un flash d'enfance m'est revenu. Début des années 90, j'ai une petite dizaine d'années... une jolie coupe au carré, toute blondinette à force de passer des heures dans l'eau de mer, la peau dorée. La Guadeloupe se relève au lendemain du pire cyclone de son histoire et moi j'entame les plus belles années de ma vie... mais ça je ne le saurai que plusieurs années plus tard.

Je vis dans les Grands Fonds, au milieu des mornes, dans un "fond" traditionnel : quelques maisons autour d'une mare, des manguiers, dont un couché par le cyclone Hugo et que l'on a surnommé Esmeralda. Nous construisons des cabanes dedans et n'avons qu'à tendre la main pour attraper des pommes-fils. Ces toutes petites mangues oranges vifs bien juteuses qui vous mettent des fils plein les dents. Les meilleures de l'univers. Il y a aussi le grand tamarin, dans lequel on attrape des grosses gousses et dont on se gave, malgré les rapides effets digestifs. Il y a Nénuphar, le bèf mascotte qui tient plus de la vache normande que du boeuf antillais squelettique. Il y a bien sûr tous les autres bèfs du morne, qui viennent boire à la mare tous les soirs.. mais Nénuphar, elle est à part. Elle est née quand nous sommes arrivés dans la maison, juste après le cyclone et Nénuphar, jamais on ne la tuera pour la manger (du moins l'imagine-t-on). Et puis c'est peut être parce qu'on la pitche tous les jours dans les endroits les plus herbeux qu'elle ressemble plus à une normande ! Il y a bien sûr le terrain de foot sous le manguier, délimité avec des cailloux blancs. Tous les soirs après l'école, les filles affrontent les garçons du morne. Tous pieds nus sous le regard bienveillant des cabris qui redoutent les balles perdues.

Et puis, parfois, il y a les corvées qui n'en sont pas vraiment. Et c'est là que je reviens à mes punaises. De temps en temps... quand la voisine reçoit les gros sacs de riz de 50kg, celle dont le mari parle aux lampadaires toute la nuit tant il est enrhumé (du trop plein de rhum, joli néologisme trouvé par ma soeur), nous nous retrouvons tous les gamins du quartier, autour d'une table sur la terrasse pour trier le riz. Grain par grain, nous avons la mission d'éliminer les grains noirs. Ceux qui sont passés à travers les machines de tri. Toutes les petites mains sont mises à contribution. On fait des petits tas et on jette aux poules qui se baladent les mauvais grains. Pendant ce temps, souvent, les mamans en profitent pour tresser les têtes.On apprend des comptines Manzè Mari fèmé pot aw, jandam ka vin... Au loin les bèfs appellent les veaux, la 2CV du voisin se soulève au rythme du zouk qui bugle sur les enceintes surdimensionnées, le cochon hurle à la mort, les premières grenouilles rejoignent la mare et entonnent leur joli chant, Et nous, nous trions, nous trions... en rêvant au futur riz pois rouge qu'on aura le droit de manger pour avoir bien aidé. C'est sûrement de là que j'ai gardé ma minutie et mon adoration de ce genre de tâches bien fastidieuses mais sur lesquelles je peux passer des heures.

Petites traductions de rigueur : cabris = petites chèvre / pitché les bèf = accrocher les boeufs / Manzè Mari fèmé pot aw, jandam ka vin : Madame Marie ! Ferme ta porte les gendarmes arrivent

mercredi, 4 mars 2009

Les Mako Moulages !

Sans le savoir... Karmara vient d'égayer ma journée à un point qu'elle n'imagine même pas (si en plus elle avait parlé de la belle maquette de mon frère exposée en ce moment à la Cité de l'Architecture, le plaisir aurait été décuplé... mais les maquettes c'est pas son truc !) !!! Dans son billet du jour, elle évoque entre deux lignes les Mako Moulages !!!! Et là... à la lecture du premier mot j'ai replongé combien, 15 ans ? 20 ans en arrière au moins !! Les Mako Moulages !! Toute mon enfance. En tout cas de sacrés souvenirs !! Je viens de faire un tour du bureau pour savoir qui se souvenait de ces jeux, tant l'évocation m'a émue ! En tout cas, cela faisait presque autant d'années que j'avais totalement oublié leur existence !

Et vous, vous souvenez-vous, des moules rouges que l'on devait remplir de plâtre liquide (préalablement préparé dans la cuisine) pour en ressortir quelques heures plus tard de ridicules jolis personnages à peindre ? Le plâtre était bien souvent trop liquide. Le moule tenait rarement sur les bords du verre. Le personnage ressortait généralement plein de bulles. Je finissais rarement la peinture, tant l'intérêt du jeu était surtout de jouer avec le plâtre. Mais je me revois tant à Nîmes (c'est le jeu que j'associe à cette tranche de vie - avec le domino des Schtroumphs - mais c'est une autre histoire !), avec  mes moules rouges, à essayer de les faire tenir dans un verre en équilibre pour ne surtout pas déformer le latex, sous peine de voir Obélix amaigri de 30 kilos, Tintin avec une houppe applatie et la vache de l'étable dotée de mamelles démesurées ! Je me souviens également que nous avions vite détourné d'autres objets pour en faire des moules ! Les gants de latex de l'hôpital notamment... desquels on ressortait généralement des mains auxquelles il manquait plusieurs doigts !

Si vous voulez un second effet KissCool... courrez sur cette page et replongez, le temps de la journée dans les jouets cultes de notre enfance (en tout cas de nous, bientôt trentenaires) Je suis rarement sensible aux revival 80's... mais là quand même... les Mako Moulages... faut pas déconner !

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