vendredi, 29 juin 2012
Par Leeloolène - 7 commentaires
Vendredi soir. Pas mécontente d'être en week end. Une reprise quelles que soient les causes de l'interruption est toujours une reprise. Et relancer la machine malgré les douleurs toujours aussi fortes et l'incertitude... n'est pas simple. Les nombreux rendez-vous et examens de la semaine n'ont toujours pas permis d'avancer sur les diagnostiques... alors je prends mon mal en patience... et serre les dents. En évitant d'aborder le sujet. En ne répondant pas aux sempiternelles "ça va ?"
Week end. Pour être chez moi à regarder heure par heure l'évolution de l'escalier. Que je suis impressionnée par le boulot qui est fait. Une pièce de maître sur-mesure par deux artistes (oui... je suis toooootaaaaalement neutre sur les compliments).
Retirer. D'abord les tomettes... puis le plancher... puis les grosses poutres. Ouvrant ainsi la pièce sur bien 6 mètres de hauteur sous plafond. De nouvelles raies de lumière et de soleil qui entrent dans la chambre. Le ciel au-dessus de mes yeux. Une nouvelle configuration qui me laisse imaginer de nouveaux aménagements... et peut être même créer une pièce de plus à terme...
Construire. La structure de l'escalier petit morceau par petit morceau. Des pièces d'acier sciées, découpées au millimètre près. Qui soudées les unes aux autres forment peu à peu ce qui me conduira dans ma chambre sous les étoiles. Cette chambre dans laquelle il me tarde tant de dormir pour la première fois. Retrouver mon ancien lit bateau. Le cocon des dernières années. Ce nid suspendu que je vais aménager... que je vais réfléchir à force de l'imaginer... que je veux faire mien... une cabane sous les toits. Une chambre sous les étoiles. Un lieu d'observation au-dessus de la ville.
Je sens que ça va me plaire tout ça.

lundi, 25 juin 2012
Par Leeloolène - 6 commentaires
* Reprise. Après deux semaines d'interruption forcée... j'ai repris ce matin le "chemin de l'école". Mon mal mystérieux n'est toujours pas résolu et j'ai quelques examens complémentaires à passer dans la semaine pour continuer à exclure ou confirmer certaines pistes... Deux semaines cloîtrée chez moi... à dormir beaucoup beaucoup la première semaine... Plus de 15h par jour entre deux rendez-vous médicaux... j'appelle ça un besoin profond de sommeil je crois. Et surtout une occasion rêvée pour faire le vide, le grand grand grand vide dans ma tête. Couper toute communication avec l'extérieur. Ne plus prendre aucun appel. Aucun texto. Aucun mail. Tirer des conclusions. Faire le bilan des deux derniers mois incroyables que j'ai vécus. Prendre des décisions.
* Twitter m'a tuer. Il parait que c'est le titre le plus ringard du mois et le plus repris dans les journaux. Mais je l'assume et le reprends à ma guise. Après avoir subi/vécu le même genre d'affaire pourrie à titre personnel. Je me suis soudain prise d'une immense compassion / admiration / compréhension pour Valérie T. / Ségolène R. / Audrey P. Saloperies de réseaux sociaux. Et j'ai pourtant toutes les clés et tout le recul nécessaire à leur utilisation. Mais quand ils atteignent au plus intime sans crier gare... alors seulement on mesure le pouvoir de destruction et de pression de tels outils à titre individuel. Leur perversité.
* Marcher sur des œufs. Mesurer chacun de mes faits et gestes. Ne pas savoir si je fais bien ou mal. Me sentir nulle et incompétente face à l'exploit. Face à la démesure. Face à la mission qui m'était confiée ce jour-là. Se retrouver propulsée dans un rôle que j'ai tant côtoyé pour mon travail depuis 10 ans... et que j'occupe désormais en première ligne à titre personnel. Quelle étrangeté.
* La chambre sous les étoiles. Après plusieurs années de réflexion... les grands travaux ont commencé. Et ça tombait plutôt très bien que cela coïncide avec ma deuxième semaine d'arrêt. Le plafond de ma chambre s'ouvre désormais sur une grande chambre de bonne à l'étage. Bientôt les premières marches de l'escalier. Puis l'aménagement. Puis les nuits sous les étoiles. Une pièce de plus dans ce déjà si grand appartement. Qu'il me tarde.
* Les bras d'une amie. Essayer de gérer seule un flot d'émotions tellement compliqué et tellement nouveau. Vibrer au fil des heures et voir grandir la fierté immense. Essayer de mener au mieux ce rôle dans lequel j'ai été propulsée sans mode d'emploi. Mais gérer en parallèle l’incompréhension. Retenir les larmes. Être noyée sous un flot de sentiments venant se catapulter dans tous les sens, en étant incapable de les comprendre, de les analyser. Traverser la capitale d'un aéroport à l'autre sous un déluge absolu tel un zombie ne sachant ni où j'allais ni pourquoi ni comment. Ne plus savoir s'il me fallait sauter dans le premier train ou le premier avion. Avoir envie de s'effondrer là comme ça au milieu de la foule. Décider finalement de trouver refuge chez la plus grande amie. Et laisser éclater les sanglots retenus depuis des heures... Parce que finalement c'est bien dans les bras d'une amie que l'on trouve les meilleurs conseils et les meilleures lectures d'événements que l'on ne peut pas maîtriser.
* Les mots. Je n'aurai jamais autant parlé que ces deux derniers mois. Jamais confié autant de choses. Jamais autant vidé mon sac. Jamais autant confronté mes doutes, mes sentiments, mes peurs. Se parler pendant des heures et des heures et des heures. Échanger nos manières de voir et d'anticiper les choses. Qu'ils sont précieux ces mots. Que je les aime. Qu'ils nous vont bien.

jeudi, 14 juin 2012
Par Leeloolène - 10 commentaires
Une semaine un peu particulière. De pause imposée. Pour essayer de comprendre ce que je traîne depuis maintenant 2 mois. Et pour l'instant aucun des très très nombreux examens que j'ai pu passer n'apporte de réponse rationnelle.
Pas simple à gérer du tout sur le plan psychologique. D'être dans l'attente. De savoir que j'ai mal, que je traîne ça depuis 2 mois, que quelque chose cloche mais que l'on ne trouve pas quoi... Que le premier problème (rarissime) avéré a été traité... et qu'il s'agit donc d'autre chose désormais. D'être tiraillée entre plusieurs méthodologies, plusieurs écoles et d'entendre à longueur de journée de bons conseils qui se veulent bienveillants mais qui ne font qu'augmenter un peu plus mes difficultés à rester sur la ligne de conduite que j'ai choisie (par pure pression). Celle que de moi-même je n'ai jamais voulu suivre. Je me suis fixée une limite après laquelle j'écouterai ma première voix, celle en laquelle j'ai toujours cru et qui m'a toujours soignée face aux maudits médecins de ville qui sortis des grippes et des angines ne trouvent jamais rien, celle de l'hospitalisation voulue par mes parents (médecins) dans un service spécialisé... et que j'aurais du choisir il y a une semaine déjà... qui m'aurait évité de perdre tant de temps.
Et puis il y a le reste. La résistance d'aller à l'encontre de l'évidence. De cette relation compliquée, tordue. Ma décision de la semaine dernière si difficile à mettre en application, à tenir. Résister. Résister pour ne plus marcher sur la tête. S'imposer une ligne de conduite qui me déchire. Et ne pas être aidée du tout du tout dans ce sens. Évidemment. Puisque c'est la base même de cette histoire.
J'ai craqué. Évidemment. Et m'en suis voulue juste après. Évidemment. Mais j'avais besoin de ce soutien, besoin de ces mots doux, besoin de ces attentions. Il n'y a évidemment aucun mal à ça. Si ce n'est replonger dans un jeu duquel je veux essayer de sortir. Contre toute envie pourtant.
Que les choses peuvent être compliquées quand elles ne veulent pas être simples.
N'allez donc pas me dire que je suis en lutte contre moi-même. Que je marche sur la tête. Je suis du genre à aboyer et à fermer toute forme de communication. A avoir perdu toute forme de patience, de demi-mesure.
Alors je trouve refuge dans mon jardin improvisé. Sur mon rebord de fenêtre, installée sur ma petite banquette sous le si rare soleil, la tête dans les rosiers et les framboisiers. Avec toutes mes théières. Et mes playlist inspirantes. Entre deux pages de livre j'enlève les pucerons sur les branches. J'arrache quelques feuilles mortes. J'admire les jolies fleurs. Je vois le temps défiler à une allure dingue entre mes incessants aller-retour dans les labos, les résultats d'analyses qui en appellent d'autres, les rendez-vous médicaux. J'ai organisé ma quarantaine. Mon isolement. Fais le plein du frigo. J'essaye de ne pas perdre pied dans cette phase qui me ressemble si peu.
Et je vous assure que je ne suis pas si douée que ça là-dedans...



dimanche, 10 juin 2012
Par Leeloolène - 3 commentaires
Ce soir. Retour chez moi. Après deux mois de vadrouille, d'avions, de vie de chambres d'hôtels en chambres d'hôtels. Et surtout d'un rythme que peu de personnes vivent dans le cadre de leur travail et en tout cas comprennent. Il n'y a qu'à voir les commentaires systématiques quand je l'évoque pourtant toujours très vaguement, justement pour me protéger de certaines réactions. Mais c'est ma vie, ma drogue Ma drogue la plus dure. Mon essence. A ça que je marche. Aussi difficile soit-il à gérer à certains moments.
Et je sais, après 11 ans de ce métier, que les retours ont toujours quelque chose de terrible. L'adrénaline qui retombe d'un coup sec. Comme ça pof. Se retrouver du jour au lendemain à travailler 20h par jour, vivre des émotions, des rencontres dingues et retrouver le calme, le silence, la vie quotidienne. Oui, le grand vide... tout aussi belle et riche soit ma vie personnelle.
Avoir oublié ce qu'est faire à manger quand on a été nourri pendant des
semaines et des semaines au restaurant midi et soir. Que l'on a vécu
dans un cocon doré de lieux où tout un chacun part généralement en
vacances. D'hôtels de rêve. Où le quotidien n'existe plus. Que l'on a vécu en groupe du matin au soir. Du petit dej au coucher... et parfois même plus.
Ce fossé dont nous osons de plus en plus parler entre nous qui évoluons dans ces sphères. Auquel nous essayons de nous préparer psychologiquement quelques jours avant de rentrer chacun chez soi. Mais le sas de décompression n'existe pas. Il est soudain. Le temps d'un avion, d'un trajet en voiture. D'un océan à traverser. On tombe dans un grand puits. Il faut apprendre à retrouver notre équilibre. A se réapproprier un quotidien qui n'existe plus. A reprendre pied avec la réalité. Avec la vie soit-disant normale qui en tout cas se retrouve bien souvent comme une bizarrerie. Reconnecter avec une vie laissée entre parenthèse si longtemps. Renouer avec la normalité devenue étrangère.
Quand chaque geste du
quotidien me retourne et me fait fondre en larmes. Où l'on a l'impression de devoir réapprendre la vraie vie. Ressortir des clés enfouies au fin fond d'une valise devenue depuis des
mois ma deuxième maison. Entrer dans un appartement qui est mon vrai
chez-moi mais devenu totalement étranger. Quand lancer une
machine de linge, la première en deux mois me tire des larmes. Quand
ouvrir le frigo m'est
purement impossible, alors qu'hier soir encore on se réjouissait de
"manger ENFIN pour la dernière fois au restau". Quand je reste hébétée
au milieu du salon à regarder autour de moi. A ne plus savoir ce qu'il faut faire dans un appartement.
Et ce soir, plus encore qu'à chaque fois, je me suis pris en pleine gueule ce vide et même si j'avais commencé à m'y préparer psychologiquement depuis plusieurs jours. Parce que plus encore que les autres fois ce séjour aura été difficile, terrible. Et je ne reviendrai pas dessus. Inutile de rentrer dans les détails. Alors le choc n'est qu'autant plus fort.
Parce que ce soir ce n'était pas seulement la fin d'une très grosse période de travail. Parce que ce soir marquait la fin de beaucoup d'autres choses. Et que le trajet du retour n'a rien eu de commun. Qu'en prenant la route je savais qu'il me faudrait annoncer une décision extrêmement difficile. Continuer à tout faire à l'envers. Jusqu'au bout à l'envers. Notre meilleure marque de fabrique. Quel gâchis.
vendredi, 1 juin 2012
Par Leeloolène - 7 commentaires
C'était ce soir ou jamais. M'accorder deux heures pour moi. Voler
deux heures dans ce mois infernal sans pause. Je suis partie marcher un
peu avant la nuit pour me perdre dans les rues. J'ai erré et mes pas
m'ont menée sur cette placette où deux artistes faisaient des bulles. Je
me suis assise sur un banc en pierre derrière eux, face au public qui
regardait médusé. Au loin un saxophoniste... Tout était si calme, si
beau, si apaisant. J'ai regardé les bulles s'envoler, s'éclater. J'ai
observé les reflets dans les gouttes d'eau et sur la surface lisse
multicolore. Au fur et à mesure j'ai évacué tout le stress et
les tensions des dernières semaines. J'ai fait le ménage dans mon
esprit.

J'ai aimé voir les enfants se ruer vers les bulles pour les éclater
au vol et rire aux éclats. Tous sans exception fascinés par ce
spectacle.
J'ai tant aimé cette innocence gratuite qui réconcilie avec la vie.
Plus rien n'existait si ce n'est la paix apportée par ces bulles.
Je me suis recentrée sur le positif ... en laissant de
côté tout ce qui part en vrille dans ma vie en ce moment. J'ai repensé
avec émotion à la dernière fois où j'avais vu ce spectacle. A
quelques mètres de là. J'ai souri. J'ai aimé repenser à ce jour-là.
Plus rien n'existait. Le saxo me berçait. Les bulles s'envolaient.
Les tensions avec. Les passants restaient quelques secondes et
continuaient leur course. Moi je suis restée. Je voulais que personne
ne me vole cet instant. Pas comme hier où j'avais pensé m'offrir deux
heures pour aller manger, tout simplement manger un repas normal (un autre des trucs compliqué du moment...) et où mon téléphone avait sonné m'obligeant à rentrer d'urgence retrouver mon ordi avant même d'avoir pu m'offrir les sushis dont je rêvais.
Les deux artistes ont fait voler des bulles vers moi et je riais de tant de légèreté. Et je revivais de tant de paix intérieure retrouvée. Pour rien je ne me serai levée avant qu'ils ne partent.
La musique au loin s'est tu. Les deux artistes ont rangé les bulles.
Je leur ai dit un grand merci. Savaient-il la paix qu'il m'avait offerte. Une toute petite heure seule et pas dérangée. Sur un mois plein. La seule petite heure juste à moi. Sans collègue, sans mail, sans téléphone, sans requête, sans demande, sans urgence, sans stress, sans contrainte, sans sollicitation.

Je me suis levée aussi légère qu'une bulle. J'ai repris ma marche... Il me restait une heure sur mon temps volé. Mes pas m'ont menée vers le plus beau salon de thé de la ville. Celui où j'ai tant aimé me poser à une époque.
Je suis rentrée telle un automate. Un thé glacé au gingembre. Sur "notre" petite table.
Je n'avais pas de papier. Alors j'ai attrapé une serviette et en fouillant bien j'ai trouvé un stylo au fin fond de mon sac.
J'ai couché les mots qui devaient finir d'évacuer toute la tension. J'ai regardé l'heure. La nuit tombait et il fallait que je rentre continuer ma journée de boulot.
La parenthèse aura duré deux petites heures. Juste à moi. Où plus rien n'existait d'autre que le vide. Mon plus beau cadeau du mois.
Quand je sais à posteriori (2 jours après où je prends le temps de recopier mes notes) combien j'ai payé cette escapade. Combien de mails m'attendaient à mon retour (37 en 2h et 9 conversations skype). Combien de cris et de pleurs ont clôturé cette journée, j'essaye de ne garder que l'image des bulles qui s'envolent. Et ma petite table à thé.

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