Retour Accueil

mars 2011

jeudi, 24 mars 2011

S'arracher

Je n'avais pas fait le compte... même si j'avais conscience de m'être beaucoup envoyée en l'air ces derniers temps (ça c'est pour le teasing à la Karmara). 22 avions. En 3 mois. Soit une moyenne de deux avions par semaine. C'est bien ça.
Alors, et même si j'adore ça, je commence à ne plus bien savoir où j'habite. Ou plutôt si. Je sais justement où je vis. Ici, au soleil, au bord de la mer, dans une ville qui de jour en jour se fait de plus en plus mienne. Avec des gens que j'aime. Que je dois quitter tous les 5/6 jours. Et je souffre chaque fois un peu plus de ces transitions. Des ces arrachements d'un endroit à un autre. Quitter les gens quelques jours... pour en retrouver d'autres. M'habituer et profiter des uns quelques heures, pour mieux les quitter encore et encore. Revenir en décalage complet, avec une phase de transition de plus en plus difficile à gérer. L'esprit encore là-bas, pas encore ici... ou l'inverse. Et même si je sais que d'un côté ou de l'autre de l'avion je suis heureuse de trouver ou retrouver des gens, des lieux... Juste la phase de transition entre les deux, le changement de mode "cerveau" qui demandent chaque fois un peu plus encore de gymnastique.

J'ai perdu l'envie de raconter ce que je vis à chaque fois que je m'en vais. Alors je joue mon autiste et ne réussis plus à communiquer. "C'était bien ?"... "Oui super". Ne pas aller beaucoup plus dans les détails, ne pas raconter ce qui de toute façon est inracontable, tant le partage des émotions et des vécus est bien trop personnel. Tant la frontière entre toutes mes différentes vies est infranchissable pour les uns et les autres. Perpétuel abandon.

Quitter en permanence. Abandonner. Laisser. Retrouver un lit dans un endroit, puis dans un autre, puis un autre, puis un autre. Se coucher la tête toujours vers la droite mais ne plus bien savoir si je regarde un mur, ou une fenêtre, ou une porte. Et au fond, qu'importe. La plus grosse difficulté n'est pas ce mouvement perpétuel. Au contraire c'est ma drogue, mon essence de vie, la manière dont j'ai grandi et me suis construite. Mais à contre-partie, ma vie ne repose que sur des ruptures de lieux, de gens, de modes de vie...

La difficulté est plutôt de "s'arracher". Le moment où je ne suis plus vraiment là, mais pas encore ailleurs. L'entre deux... La tristesse de quitter, de laisser, d'abandonner. Et même si la plupart du temps ce n'est que pour quelques heures ou quelques jours, je vis de plus en plus mal les transitions. Parce que je sais que je suis bien dans les deux lieux et dans les centaines d'autres où je me suis posée un jour, une année, une semaine. Des dizaines de chez-moi ou de lieux d'attaches. C'est pour ça aussi que je sème des bouts de moi un peu partout involontairement. Des cartes bleues, des trousses de toilettes, des chargeurs de téléphone. Car j'ai semé tant et tant de petits bouts de vie partout dans le monde qu'il faut bien le matérialiser autrement que par des sentiments insaisissables. Et même si l'actualité n'est pas de choisir les uns ou les autres de tous ces lieux... j'y pense parfois. Avoir tant d'attaches dans tant de lieux. Avoir vécu dans tant d'endroits et savoir qu'ils sont tellement nombreux les lieux où je pourrais un jour vivre et revivre. Mais que jamais cela ne sera possible. Savoir qu'il existe tant d'endroits qui me correspondent... mais l'impossibilité de les accorder autrement que par des passages furtifs. Un puzzle. Un immense puzzle que l'on ne peut pas assembler. Que je ne pourrais jamais réassembler...

Et pourtant, pour rien au monde je n'abandonnerai ces petits bonheurs... D'être hier à 14h sur la photo n°1, dans un monde de noir et blanc... de retour à 17h dans un monde de couleurs de bord de mer et demain déjà repartie... Ici, là-bas, ailleurs. Aujourd'hui, demain, hier. Juste s'arracher d'un endroit à l'autre... Partir. Quitter. Et apprivoiser ces sentiments permanents de départs. Avec cette douleur bien ancrée systématiquement dans mon cœur de départ.


mardi_10h.jpgmardi_17h.jpgailleurs_paris.jpg

(difficile d'écrire ce billet... tant il remue de sentiments contradictoires... et de fondements de celle que je suis... par sa complexité et sa multiplicité...)

mardi, 15 mars 2011

Au-delà de tout ça...

meduses_bleues.jpg

Il y a des choses incompatibles.

La date du jour d'aujourd'hui en est une par exemple. Non. Nous ne pouvons pas être le 14 mars. C'est techniquement, physiquement, mentalement impossible. Je voudrais arrêter le temps. Et ne plus avoir en tête cette échéance plus ou moins prochaine de ce retour à la "maison" d'ici quelques semaines. Cette maison dont à part l'intérieur de mes quatre murs ne représente en rien un lieu où je me sens "chez moi".
Ma vie est ici. Dans une ville comme celle où je vis depuis un peu plus de 3 mois. J'en ai de plus en plus la certitude. Si le doute avait existé un jour d'ailleurs... Le temps, la mer, le soleil. Les gens qui m'entourent. Le mode de vie. Oui, ici je me sens des affinités et une envie de construire des choses.
J'essaye d'évacuer cette idée du retour. Et de faire comme si de rien n'était. Profiter pleinement sans me dire qu'il faut graver les images de chaque instant, pour quand je serai rentrée. Ne surtout pas compter les jours... Ne pas être en soirée, à faire la fête, à rire et avoir l'esprit qui, tout d'un coup, s'échappe vers le départ, plombant irrémédiablement l'ambiance. Essayer de reconnecter et profiter de l'essentiel. ICI. Ce que je sais le moins bien faire dès que j'ai l'esprit accaparé par une idée.

Je cogite évidemment. Et si j'acceptais un poste dans ce pays. Préférer la qualité de vie aux ambitions professionnelles, encore que celles proposées ne seraient pas forcément inintéressantes. Préférer la stabilité à la vie folle que m'offre mon poste actuel. Qu'est ce qui a le plus de poids dans ma balance ?

Incompatible... moi et les choses matérielles en ce moment.
Après le coup des papiers oubliés à la montagne... la carte bleue cassée sur la piste de luge... J'ai continué dans la même lignée.
Les papiers déjà. Envoyés en express pour espérer pouvoir prendre un avion pour aller en France (encore et encore et encore... un A/R par semaine depuis 2 mois). Les papiers qui n'arrivaient pas... qui n'arrivaient pas... qui n'arrivaient pas. Malgré la fermeté de la Poste de m'assurer qu'ils avaient été livrés ! Après deux heures au téléphone, nous avons démêlé l'affaire. L'enveloppe s'était perdue dans un bureau de tri de la zone industrielle de la ville. Trois heures avant de prendre mon avion. Pour lequel je n'avais pas pris le risque d'acheter un billet. J'ai crapahuté dans le centre de tri postal dans les quartiers glauques de la ville pour récupérer le tout. Et après bien entendu une longue discussion sans queue ni tête expliquant que NON je ne pouvais pas montrer mes papiers d'identité pour récupérer le pli, puisque les dits papiers étaient dans l'enveloppe, j'ai retrouvé mon passeport. Acheté par téléphone un billet pour un avion 2 heures après. Juste le temps d'aller à l'aéroport et de m'enregistrer que je décollais. J'avais quelques bons records sur le coup du "last minute"... mais là, j'avoue avoir placé à nouveau la barre très très haute.

Trois heures plus tard. Après avoir réussi à rallier Paris donc. Je monte dans un taxi et me fais la réflexion soudaine... qu'enlever mes clés d'appart de Paris pour les laisser en sécurité à des centaines de km de là n'était peut être pas l'idée du siècle. Me voilà à la rue sans logement pour le soir. Rigolant de moi-même et pestant à la fois de cette accumulation de bêtises en si peu de temps. Après quelques coups de fils, j'ai finalement trouvé logis pour une très courte nuit...

Incompatible ma relation aux hommes.
En sortant de mon "squat" pour mes même-pas-24-heures à Paris, le matin très tôt avec une collègue, je dépasse dans la rue un mec éméché... qui attrape mon sac, et le tire pour s'accrocher à moi. Il commence à me hurler dessus. Des mots effroyables. D'une violence et d'une méchanceté absolue. Je ne peux rien faire si ce n'est marcher avec lui accroché à mon sac. Je n'ose pas lui foutre un coup de poing de peur qu'il ait une arme ou un couteau. La rue est déserte. Ma collègue ne trouve personne pour me venir en aide. Il m'agrippe par le cou avec son bras, il redouble de violence dans ses propos et ses gestes. Il est fin raide. D'alcool, de drogues... il serre encore. La seule personne que l'on croise est un vieux Papi avec une canne. Puis un jeune gars qui refuse de m'aider, croyant sûrement à une scène de ménage. D'un coup d'épaule je me dégage enfin pour sauter dans un taxi arrivant comme le messie. Je suis hébétée et incapable de prononcer un seul mot. Heureusement je suis tout de suite dans l'action pour une très grosse conférence. La fuite dans le travail a toujours été mon meilleur allié dans ce genre de situations.
Depuis mon retour j'ai reparlé de l'agression et exprimé tout mon effroi et mon horreur des mecs. Je prends la mesure de ce que cela a détruit en quelques minutes... après tant d'années à me battre pour retrouver confiance dans les hommes. Tout cela accentué par des agissements irrespectueux à mon encontre. Des paroles blessantes et destructrices lancées sur le ton de l'humour par l'un. Par mon incapacité à combler un deuxième. Par mon histoire tumultueuse avec un troisième. Heureusement qu'un quatrième est là pour partager avec moi du bon temps dans les vagues, sans poser de questions... seulement à surfer, glisser, nager, regarder la mer et les vagues... sinon définitivement, je crois que j'abandonnerai toute idée de continuer à construire quoi que ce soit avec un homme.

Au-delà de tout ça... ma vie toute douce et complétement folle continue de plus belle ici. Toujours plus intense. Toujours plus heureuse. Toujours plus enjouée. Et c'est bien là l'essentiel...


(Ne me demandez pas le pourquoi de l'illustration de ce billet par des méduses. Peut être car elles sont si belles et si effrayantes à la fois.)

dimanche, 6 mars 2011

Ma vie à l'envers

Il fallait que je change d’air et que je m’éloigne un petit peu de cette ambiance survoltée de travail, de fêtes et d’excès en tout genre… Parce que les dernières semaines ne ressemblent à rien de bien sérieux, si ce n’est à du bonheur absolu en perfusion plus de 20h par jour. A profiter plus que de raison de la folie de l’endroit où je vis en ce moment et des gens qui m'entourent. Mes heures de sommeil par semaine se comptent sur les doigts des deux mains. Pas beaucoup plus.

Au milieu de ce tumulte absolu le mois de mars a pointé son nez, signe de notre dernier mois complet ici… dans ce pays que j’aime, dans cette ville qui me correspond tant. Bientôt la fin de cette vie débridée, loin de chez nous, dans des conditions rêvées. Bientôt se quitter. Coup de déprime général...

Alors sur un coup de tête, j’ai prévenu tout le monde que je m’absentais trois jours et que mon assistant devait prendre le relais. Fuir pour oublier la fuite. Il y a peut être mieux, mais c’est ce dont j’avais besoin. En quelques heures j’avais rallié ma montagne et ses hauts sommets. Mon refuge. Mon lieu de retraite quelles que soient les circonstances. La solitude absolue comme remède imparable au blues mêlé à un besoin impérieux de faire le point sur ces dernières semaines. Car je sais que je suis entrain de me brûler les ailes. Et même si seule la souffrance sortira de tout cela, j’ai besoin de le vivre pleinement et avec passion.

brouette.jpgLe silence et l’isolement pour faire le point et me remettre un peu les idées dans le bon sens. Le village sous la neige. La Leeloolène sauvage qui reprend le dessus. La maison fermée depuis l’été. La clé toujours bien cachée pour pouvoir arriver nuit et jour dans notre refuge. J’ai passé une longue heure assise sur la fenêtre de la cuisine. Les genoux au menton. Dans le froid. A regarder la montagne enneigée. Un vieux vinyle de Renaud grésillait. Répit dans cette vie à 1000 à l’heure. Là, je me suis dit qu’il y avait peu d’instant et de lieu plus parfait pour me retrouver juste moi avec mon moi le plus profond.

Puis je suis allée couper et débiter trois arbres au fond du jardin. Fabriqué des fagots avec le petit bois que j’ai cisaillé. Des bûches pour se chauffer l’hiver. Quelques brouettes pour ranger tout cela dans la réserve à bois. J’ai aidé ensuite à nourrir les animaux, me suis couverte de foin, j’ai pataugé dans la boue… avant d’aller courir quelques chemins isolés. J’avais besoin de tout cela pour renouer avec cet autre-moi secret que personne dans mon entourage professionnel ne soupçonne.

La solitude s’est finalement transformée en retrouvaille improvisée avec les cousins, cousines. Jamais on n’aurait réussi à aussi bien organiser les choses en le voulant. Place à deux soirées de délires au coin du feu. A rigoler plus encore que de raison autour de nos traditionnelles parties de dés et de jeux de société. Comme chaque fois que l’on se retrouve tous…

On a profité du soleil absolu et du ciel bleu azur pour aller dévaler quelques pentes en ski, puis aujourd’hui avec les enfants, descentes de luges endiablées.

C’est là qu’a commencé la série des Leeloolènades… Ca faisait longtemps que je n’en avais pas cumulées autant le temps d’un après midi.

Carte bleue dans la poche… une chute en luge… et baaammm… la carte bleue cassée en deux ! Dommage. Elle avait 5 mois ! Pas loin du record absolu depuis tellement d’années…Ca va être compliqué à gérer pour les semaines à venir avant qu’une nouvelle arrive jusqu’à moi en traversant plusieurs pays ! Inversement celle-là je ne l’avais encore jamais faite à mon banquier… il va être content !

Puis la descente suivante couchée sur la luge, pour aller plus vite encore, c’est l’appareil photo coincé dans la poche pour filmer l’exploit qui s’est fait la malle dans la poudreuse, tant j’ai pris de bosses et fait de sauts vertigineux. Il en a été quitte pour sécher deux heures au soleil tellement il avait pris la neige. Mes appareils électroniques sont généralement aussi casse-cou et costauds que moi.

sapins_neige.jpg

Et à l’instant… en chemin pour rentrer dans pays fou, deux personnes s’approchent de moi et me tendent un insigne de Police. Ils sont en civil, tout droit sortis des meilleures séries américaines. Elle, belle comme le jour, élancée, dans un pantalon moulant noir et une forte poitrine, des baskets superbes. Lui, bedonnant, le clope au bec, les cheveux grisonnants. Contrôle d’identité. Je vide mon sac sur le siège. Farfouille de tous les côtés. Ils s’impatientent. Évidemment, je dois me rendre à l’évidence, j’ai laissé tous mes papiers et mon portefeuille dans la voiture à 300 kilomètres de là. Aucun papier pour prouver mon identité. Tout juste ma carte européenne de sécurité sociale, sûrement tombée de mon portefeuille et qui évidemment ne les satisfait pas. Je ne vais quand même pas leur montrer ma carte bleue cassée en deux… Je m’enfoncerai un peu plus encore. J’ai droit à un interrogatoire en règle. Où je vis (pas simple comme question… puisque je jongle en ce moment sur au moins trois endroits), pourquoi je suis dans ce train, où je vais, pourquoi je n’ai pas de papiers. Ils me sermonnent. Que l’on n’a pas le droit de passer une frontière sans papier. Europe ou pas Europe. J’ai le palpitant à 1000. Ils croient finalement en ma bonne foi. Et j’en suis bonne pour une simple remontrance. J’ai la chance d’avoir le type européen par excellence, d’énormes marques de lunettes de soleil avec un bronzage absolu ne trompant pas sur ma provenance depuis les hauts sommets.

Je pensais avoir remis un peu de sagesse dans ma vie pendant ces trois jours. Finalement elle est sûrement toute aussi tordue encore qu’avant de partir… mais je l’aime tellement cette vie déglinguée complètement atypique !