Il y en a eu des périodes speed. Depuis 7 ans au moins ma vie n’est qu’une succession de périodes speed. Mais là… celle-ci dans le genre. Wouuutch. Comme rarement. Le souci d'ailleurs étant de savoir depuis quand elle a commencé... mais c'est une autre histoire.
8 avions en 1 mois. A peu près le double de trains. 3 journées chez moi en trois semaines. Se résumant en fait à des nuits. Puisque rentrant sur les coups de 22h et repartant avant 8h. Des hôtels ici, des hôtels là.
Une moyenne de 200 mails jour. Et je n’exagère rien. J’aimerais en tout cas. Le temps d’en lire 5 que 3 autres sont arrivés. Sans parler des coups de téléphone. Sans parler des réunions qui s’enchaînent à la vitesse de la lumière. Pas encore sortie d’une que la suivante a déjà commencé. Le tout en trois langues simultanées.
Mon cerveau n’a dit STOP qu’une seule fois. La semaine dernière en débarquant d’un énième avion. Un repas pro. Un plat de rêve. Mais une prise de bec. Une ou deux remarques d’un collègue qui se rebelle. Les larmes qui montent. J’avais le choix de quitter la table en me réfugiant aux toilettes. Ou quitter la table tout court. Pour ne pas perdre la face. Sauf que non. Je ne pouvais me permettre ni l’un ni l’autre.
Alors, j’ai explosé juste après. J’ai mis mon manteau, j’ai laissé mon ordi en plan et je me suis réfugiée sur la plage. Pour pleurer encore et encore. En regardant les surfeurs. En écoutant le ressac des vagues au rythme normal de la nature. Pour juste souffler. Et reconnecter avec un temps où les minutes mesurent 60 secondes. Les pieds dans le sable, j’ai regardé l’horizon les vagues. J’ai humé l’air très très fort pour reprendre du poil de la bête. J’ai eu l’impression que cet intermède durait, durait. En regardant mon téléphone revenue à mon bureau il ne s’était écoulé que 12 minutes.
Il y a eu l’autre jour… dans le TGV… je remontais vers Nantes. J’ai failli descendre à Lyon, et disparaître. Tout envoyer balader. Me dire pendant quelques secondes que descendre du TGV là maintenant c’était arrêter ce rythme infernal, c’était symboliquement mettre un frein à tout ça. Disparaître.
Il y a eu l’intermède « perso ». M’accorder 2 heures pour MOI. Alors que j'ai mis entre parenthèse toute vie sociale, familiale, personnelle, épistolaire, blogueuse. Les deux seules possibles dans mon agenda de ministre. Et en l’occurrence pour pouvoir faire des cadeaux de Noël. 2 heures réduites à peau de chagrin à cause d’une gestion de crise de journalistes bloqués dans des avions. 2 heures ramenées à 22 minutes finalement. 22 minutes pour acheter quelques friandises et sauter dans énième taxi pour l’aéroport et chopper mon avion, qui lui n’était pas bloqué… chose qui m’aurait finalement plutôt arrangée. J’aurai aimé que quelqu’un filme cette course effrénée avec ma collègue, ennemie d’hier mais devenue grande complice de notre rythme ahuri du moment. Un peu comme se faire les champs Elysées de haut en bas en 22 minutes. Micro stop dans deux magasins, trouver notre bonheur, nous offrir le luxe d’acheter un chocolat chaud à emporter pour boire dans le taxi pour l’aéroport. Les paquets dans une main, le chocolat dans l’autre, nos jambes qui courent pour rallier l’appart descendre les valises, sauter dans le taxi. Et nous affaler dans le taxi pour boire notre chocolat en 15 minutes de trajet. La récompense suprême et absolue.
Et puis, et puis. Il y avait une autre course dans la course. Mon permis. Caser quelques heures de conduite avant la date fatidique d’aujourd’hui. Car aujourd’hui était mon dernier jour à Nantes avant plusieurs mois. Alors ce putain de permis il fallait au moins que je tente de le passer. Hier soir neige battante. J’ai regardé avec angoisse le ciel. Dans mon planning ultra serré à la minute près, non, les épreuves ne pouvaient pas être annulées ce matin. Pas possible. Telle une zombie, ne touchant plus terre et n’ayant de toute façon rien à perdre, j’ai pris les commandes du véhicule ce matin. J’ai failli renverser un piéton, pas réussi à doubler un camion, mais j’ai plutôt sacrément géré. Quand je suis sortie du véhicule et que mon moniteur m’a dit « ça va le faire », je me suis dit que de toute façon je n’avais pas d’autre choix que ça le fasse.
Et quand j’ai vu entourée la notion « favorable », et que l’inspecteur m’a félicitée… là bordel, je me suis dit que j’assurais grave. J’aurai aimé fêter ça. J’aurai aimé payer un coup au bureau. Et ne serait-ce que m’asseoir pour regarder mon petit papier provisoire.
Mais la course n’était pas terminée. Il me restait 2 heures 30 pour faire mon sac pour les 4 prochains mois, donner une allure respectable à mon appart, arroser les plantes, couper l’eau, le gaz, l’internet… repasser au bureau. Tout cela entrecoupé par plusieurs coups de téléphone et quelques mails. 2h30. Quand on n’a pas été là pendant un mois. Que 3 lessives sèchent sur l’étendoir. Trois sacs pour des destinations différentes. Des habits jetés et bourrés dans les valises. On verra plus tard pour le rangement. Un ménage express. Rangement efficace. Un appart à peu près présentable. Un coup d’aspirateur. Un au revoir ému à mes plantes, mes livres, mon cocon.
Un passage au bureau pour boucler mon départ physique et poser deux sacs qui me rejoindront par d’autres moyens. Course pour acheter un billet puis attraper le train.
Je ne sais encore pas comment je suis installée dedans. Comment j’ai réussi à tout boucler. Qui plus est avec un joli papier rose dans la poche, ou dans un sac, ou dans l’autre d’ailleurs… en tout cas quelque part dans mon fatras…
Alors une journée, une toute petite journée pour fêter Noël… autant dire que je l’ai plus que méritée. Et me poser dans le train pour écrire ce long billet pendant quelques minutes… eh bien ça aussi c’est une bonne récompense que je m’offre.
Et puis, pas grave si certains me trouvent présomptueuse, j’assume mon auto-satisfaction, parce que ça fait du bien… mais quand même, je suis une sacrée-putain-de-nana qui assure grave.
Lu en 2012
- Le Mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti- Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan
- La délicatesse, David Foenkinos
- Le goût des pépins de pomme, Katharina Hagena
- Une pièce montée, Blandine Le Callet
- Le Tailleur de pierre, Camilla Läckberg
- Le syndrome [E], Franck Thilliez
- La quête du naturaliste, Benoît Fontaine
- L'Oiseau de mauvais augure, Camilla Läckberg
- Les débutants, Anne Serre
- Rosa Candida, Audur Ava Olafsdottir
- Gataca, Franck Thilliez
- Les Morues, Titiou Lecoq
- Plutôt crever, Caryl Férey
- Ce qu'il advint du sauvage blanc, François Garde
- La Jambe Gauche de Joe Strummer, Caryl Férey


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